Les pharmaciens français réclament une réforme de leur rémunération : leurs missions cliniques se multiplient, mais les honoraires actuels reposent surtout sur le volume d'ordonnances, source de tensions économiques.
Les pharmaciens face à des changements de leur modèle de rémunération
Les pharmaciens en France voient leur mode de rémunération évoluer de manière significative, sous l'effet des pressions économiques et des responsabilités cliniques croissantes qu'on attend d'eux. Ces changements visent à refléter l'évolution de leur rôle, qui comprend désormais des missions telles que l'orientation des patients, la mesure de la tension artérielle et l'accompagnement au sevrage tabagique.Des missions cliniques sous-rémunérées au regard de leur impact
Bien que ces missions cliniques contribuent à hauteur de 46 % à la croissance de la marge remboursable, elles représentent moins de 1 % de la rémunération globale des pharmaciens. Les syndicats estiment que le cœur du métier de pharmacien doit rester la dispensation des médicaments, mais plaident pour un nouveau modèle économique qui équilibre mieux la rémunération du traitement des ordonnances et réduise la dépendance aux rémunérations liées au volume.Les honoraires de dispensation restent une source de revenus majeure
Les honoraires de dispensation, qui atteignaient 4,255 milliards d'euros en 2025, représentent une part importante de la rémunération des pharmacies. L'honoraire par boîte, la composante la plus lucrative avec 2,565 milliards d'euros, est sous surveillance, alors que la déprescription progresse et que le réseau officinal a perdu plus de 40 millions de boîtes en 2025.Les tendances à la déprescription remettent en cause le modèle actuel
Les médecins sont de plus en plus incités à réduire le volume de leurs prescriptions, ce qui entraîne une baisse des honoraires de dispensation. Une seule boîte d'antibiotiques non délivrée peut entraîner une perte allant jusqu'à 5 euros d'honoraires, selon Julien Chauvin, président de la commission études et stratégie économique de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).Des propositions de rémunération fondée sur l'ordonnance
Des propositions visant à réorienter la rémunération vers les honoraires liés à l'ordonnance, qui ne représentaient que 383 millions d'euros en 2025, sont à l'étude. Toutefois, cette transition doit être soigneusement encadrée afin de ne pas laisser de côté les officines plus petites ou en difficulté.De nouveaux honoraires pour refléter les responsabilités cliniques
Un honoraire complexe, qui représentait 25 millions d'euros de rémunération en 2025, est proposé en remplacement par un honoraire lié à la prise en charge des patients atteints d'affections de longue durée (ALD). Ce changement permettrait de mieux reconnaître le travail minutieux nécessaire à la gestion des maladies chroniques.Les remises sur les médicaments génériques apportent des revenus, mais manquent de clarté
Les remises sur les médicaments génériques et biosimilaires, qui ont rapporté 1,1 milliard d'euros au réseau officinal en 2024, sont essentielles à l'équilibre économique des pharmacies. Toutefois, ces remises ne sont pas mesurées avec précision par l'Assurance maladie, et les inspecteurs ont appelé à davantage de transparence et à un partage plus équitable des économies réalisées.Les rémunérations sur objectifs de santé publique en baisse
Les rémunérations sur objectifs de santé publique (Rosp), en recul depuis 2022, font également l'objet d'un réexamen. La Rosp « Numérique et accès aux soins » a fortement diminué, tandis que la Rosp « Bon usage des produits de santé » a progressé, mais les syndicats critiquent la complexité et le manque de lisibilité du dispositif.Des réformes visant à stabiliser le secteur
Parmi les propositions de réformes à venir figurent la négociation d'une Rosp supplémentaire destinée à encourager les consultations, ainsi que le doublement de la rémunération des consultations pendant une durée limitée. Un montant forfaitaire, conditionné à l'atteinte de certains indicateurs tels que l'organisation et la qualité, a également été suggéré afin de stabiliser la réforme économique et de soutenir les pharmacies en difficulté.