La pharmacie clinique au cœur du quotidien

La pharmacie clinique repose sur des échanges réguliers entre pharmaciens et patients, centrés sur le bon usage des médicaments. Jean-Didier Bardet, vice-président de la Société française de pharmacie clinique, souligne que cette activité fait désormais partie intégrante du rôle du pharmacien, et non d'une tâche supplémentaire.

Une intégration encore inégale dans la pratique

Malgré son importance, la pharmacie clinique n'est pas toujours pleinement intégrée à l'activité officinale. Antoine Dupuis, président de l'Association pour le bon usage du médicament, insiste sur la nécessité de passer des principes théoriques à leur mise en œuvre concrète, à travers la déprescription, les interventions pharmaceutiques et les études en conditions réelles.

La déprescription et ses objectifs

La déprescription consiste à réévaluer la pertinence d'un traitement au regard de l'état de santé actuel du patient. Christophe Wilcke, président d'une commission de pharmacie clinique, préfère parler de « prescription adaptée », dont le but est de réduire les risques plutôt que de simplement diminuer la consommation de médicaments.

Une collaboration autour du bilan de médication

Les pharmaciens réalisent des bilans partagés de médication, repérant des problèmes tels que les interactions médicamenteuses ou les redondances, et les signalent aux médecins. Cette démarche repose sur une collaboration avec les médecins comme avec les patients, même si elle soulève la question de la rémunération du temps consacré à cette mission.

De nouvelles pistes pour la rémunération

Une lettre ministérielle datée du 9 septembre demande à l'Assurance maladie d'explorer des modèles de rémunération moins dépendants du volume ou du prix des médicaments. Parmi les options figurent un forfait par patient, une rémunération à la mission ou une combinaison des deux, même si la structure exacte reste à définir.

Les interventions pharmaceutiques en pratique

Les interventions pharmaceutiques font partie des pratiques courantes de dispensation : elles permettent au pharmacien d'analyser formellement une ordonnance et de recommander des modifications. Toutefois, ces interventions sont rarement enregistrées, ce qui crée un manque de données sur leur fréquence et leur impact.

La difficulté à démontrer la contribution des pharmaciens

Jean-Didier Bardet relève que les pharmaciens peinent à faire valoir leur contribution, ce qui pourrait entraîner une charge administrative supplémentaire. L'Union des syndicats de pharmaciens d'officine réclame une simplification, en insistant sur la nécessité de rendre ce travail visible sans alourdir la charge de travail.

Les ordonnances électroniques, une solution possible

Les ordonnances électroniques pourraient faciliter le suivi des interventions, en horodatant et en enregistrant chaque étape. Julien Chauvin, président d'une commission de stratégie économique, estime que ces données pourraient servir à évaluer le rôle du pharmacien, à condition que les logiciels permettent une documentation simple.

L'avenir de la rémunération des interventions

Julien Chauvin propose une rémunération fondée sur le nombre d'étapes ou le temps passé, tandis que Jean-Didier Bardet plaide pour une rétribution lorsque des anomalies sont détectées, et non uniquement lorsque des problèmes surviennent. Le débat reste ouvert quant à la question de savoir s'il faut rémunérer la correction des erreurs ou l'analyse elle-même.

Les officines, sources de données

Les pharmaciens d'officine, comme Arthur Piraux, voient leur rôle s'étendre à la recherche. Les données de vie réelle issues des officines, qui reflètent la diversité des populations de patients, peuvent alimenter de nouvelles pratiques et études, comme l'évaluation de la prise en charge de la cystite simple avant qu'elle ne devienne un standard de soins.

Les obstacles à la participation des officines à la recherche

Malgré le soutien réglementaire, les pharmaciens peinent à intégrer la recherche à leur activité quotidienne, faute de temps et de ressources. La formation et des logiciels adaptés sont indispensables pour inciter davantage de pharmaciens à participer aux études, même si les modèles de rémunération actuels ne sont pas perçus comme le principal moteur.

Un financement durable pour les nouvelles pratiques

Si une certaine rémunération existe pour la participation à la recherche, le financement à long terme reste incertain. Ces efforts visent à démontrer la valeur des nouvelles pratiques et à préparer leur généralisation, afin que les pharmaciens puissent façonner l'avenir de leur profession.