Panser la pharmacie plaide pour que le rôle de la pharmacie passe d'une logique commerciale à une approche de santé publique, en mettant l'accent sur la prévention et les soins aux patients.
Panser la pharmacie, une association sur les rails
Panser la pharmacie est une association créée par des membres de la Communauté d'intervention pharmaceutique (CIP) pour défendre une évolution de la profession de pharmacien, centrée sur la santé publique, la prévention et le soin aux patients, plutôt que sur un modèle dicté par les intérêts commerciaux. Le groupe, qui compte une trentaine de membres, a été lancé l'été dernier à travers une campagne d'adhésion et vise à représenter les pharmaciens à l'échelon national.Un mode de rémunération actuel critiqué
Les pharmaciens soulignent que le système de rémunération actuel, fondé sur le volume de produits vendus, favorise les officines les plus performantes en chiffre d'affaires, sans reconnaître de manière satisfaisante la qualité des soins apportés. Ce modèle désavantage les petites pharmacies, en particulier dans les zones rurales ou isolées, qui peinent à rivaliser avec les grandes enseignes.Des compétences des pharmaciens sous-exploitées
Les pharmaciens estiment que leur expertise n'est pas pleinement mise à profit, notamment dans l'analyse des traitements, la prévention des risques médicamenteux et le suivi des patients chroniques. Ils affirment que l'accès aux données biologiques est essentiel pour garantir le bon usage des médicaments, mais qu'ils ne disposent souvent pas de ces informations. Ils voient aussi un potentiel dans l'adaptation de l'utilisation des antibiotiques à partir de ces données, dans un cadre de recommandations définies.Demande d'accès aux données biologiques
L'association soutient l'accès aux analyses biologiques nécessaires à une bonne gestion des médicaments, ainsi que la possibilité de prescrire ces examens lorsqu'ils font défaut. Elle insiste toutefois sur le fait que les pharmaciens ne doivent pas se substituer aux médecins pour le diagnostic ou les examens cliniques. L'objectif est d'assurer la sécurité des patients et de réduire les consultations médicales inutiles qui ne portent que sur un contrôle biologique.De nouvelles missions attribuées sans véritable concertation
Les pharmaciens se voient confier de nouveaux rôles, comme la prescription de vaccins ou la prise en charge des premiers secours, mais ces décisions sont souvent prises sans les consulter. Ils font valoir qu'une partie de leur temps est absorbée par des tâches commerciales et des missions sans lien avec le soin. Selon eux, la fatigue et le sentiment de perte de sens traduisent un désalignement des priorités, et il faudrait réorganiser le travail plutôt que d'ajouter simplement de nouvelles responsabilités.Une juste représentation nécessaire
L'association réclame que les pharmaciens salariés soient associés aux discussions au même niveau que les titulaires d'officine, puisqu'ils partagent les mêmes qualifications et les mêmes responsabilités professionnelles. Or, ce sont aujourd'hui les syndicats de titulaires qui constituent l'interlocuteur principal des institutions. Le groupe estime que les pharmaciens salariés, qui sont en contact direct avec les patients, connaissent les difficultés du comptoir et peuvent proposer des solutions concrètes.Un modèle économique remis en question
L'association conteste le modèle économique actuel, qui privilégie la rentabilité par de forts volumes de ventes et des promotions au détriment de la qualité des soins. Elle affirme qu'une autre organisation est possible si les priorités sont revues, et suggère que le temps consacré au marketing pourrait être réorienté vers l'accompagnement des patients et les missions essentielles de la pharmacie.Le rôle évolutif de la pharmacie
Selon l'association, si la délivrance des médicaments restera importante, les officines doivent aussi jouer un rôle en matière de prévention, de bon usage des traitements et d'accompagnement des patients. Dans les zones où les médecins sont peu nombreux, les pharmacies peuvent constituer des points de contact accessibles. Elle insiste néanmoins sur le fait que cela ne doit pas transformer les pharmacies en cabinets médicaux, mais reconnaître leur place dans les soins de premier recours.Une meilleure coordination nécessaire
Une coordination efficace entre les professionnels de santé suppose un meilleur partage des informations médicales et des outils numériques adaptés. Le cloisonnement actuel rend le suivi des patients difficile. Chaque professionnel devrait pouvoir agir dans son champ de compétence, sans revendiquer une autorité indue sur les autres.Trois priorités pour l'avenir
L'association identifie trois priorités clés pour la profession de pharmacien au cours de la prochaine décennie : placer la santé publique au cœur de l'exercice pharmaceutique, permettre aux pharmaciens de pleinement mobiliser leurs compétences, et faire évoluer la représentation de la profession. Cela passe par le renforcement de la prévention, la garantie de l'accès aux traitements, l'amélioration des outils numériques et l'association des pharmaciens salariés aux discussions sur l'avenir de la profession. L'objectif est d'aligner l'avenir de la pharmacie sur les besoins des patients et sur l'expertise des professionnels, plutôt que sur les intérêts commerciaux.