La France a appris à combattre le jihadisme mais fait face à de nouveaux défis avec la radicalisation d'extrême droite. Son expertise peut-elle prévenir de futures violences ?
L'expertise de la France en matière de lutte contre le djihadisme
La France a développé une expertise considérable dans la compréhension et la prévention de la radicalisation liée au djihadisme au cours de la dernière décennie. Cette expérience a permis au pays de bien comprendre comment des individus se radicalisent et comment on peut les aider à se détacher des idéologies extrémistes.Affaires récentes de violences d'extrême droite
Le 25 septembre, Loïk Le Priol et Romain Bouvier ont été condamnés respectivement à 26 et 19 ans de prison pour des actes violents. Ces affaires, ainsi que d'autres, mettent en lumière l'inquiétude croissante suscitée par l'extrémisme d'extrême droite et son potentiel de violence grave.Processus de radicalisation et désengagement
L'étude des trajectoires de radicalisation, en particulier celles liées au djihadisme, a permis de dégager des enseignements utiles pour faire face à l'extrémisme d'extrême droite. Parmi ces enseignements figure la compréhension de la manière dont des individus passent du désengagement à la radicalisation, puis parfois y reviennent.Mécanismes communs de radicalisation
Les recherches montrent que, malgré les différences idéologiques, des mécanismes sociaux et psychologiques convergents sont à l'œuvre dans la radicalisation d'extrême droite comme dans la radicalisation djihadiste. Il s'agit notamment du désir d'héroïsation, de la restauration de l'estime de soi et de la nostalgie d'un passé mythifié.La restauration narcissique dans la radicalisation
Un mécanisme central peut être qualifié de restauration narcissique. Des personnes qui se sentent humiliées ou impuissantes peuvent trouver un sentiment de but et de reconnaissance à travers un engagement radical, qu'il soit au sein de groupes d'extrême droite ou de groupes djihadistes.Rétrotopie et symbolisme historique
Les idéologies d'extrême droite comme les idéologies djihadistes recourent à des symboles historiques pour construire une vision de l'avenir. Ce concept, appelé « rétrotopie », consiste à idéaliser le passé pour bâtir une vision utopique de l'avenir.Espaces numériques et radicalisation
Internet a transformé la manière dont les individus se radicalisent. Les environnements en ligne permettent d'être exposé à une multitude d'idéologies extrémistes, souvent par le biais de recommandations algorithmiques et de communautés numériques.Le mélange des idéologies dans l'extrémisme
Les idéologies extrémistes ne sont pas toujours distinctes. Certaines personnes puisent à plusieurs sources (théories du complot, masculinisme, idées d'extrême droite ou djihadistes) pour former leur propre vision radicale du monde, un phénomène parfois qualifié d'« extrémisme en libre-service ».Des réponses tardives et la nécessité de la prévention
L'expérience française face à la radicalisation djihadiste a montré qu'une prévention efficace exige une intervention précoce. Attendre que la violence se produise peut conduire à une approche réactive plutôt que proactive.Les outils existants contre le djihadisme
La France dispose aujourd'hui d'un ensemble d'outils et d'expertises pour faire face à la radicalisation djihadiste, notamment des professionnels spécialisés, des programmes de désengagement et des travaux de recherche. Ces ressources ont été construites au cours de la dernière décennie.Une réponse moins structurée face à l'extrême droite
En revanche, la réponse à la radicalisation d'extrême droite est moins structurée, en particulier en matière de prévention et de désengagement. Si une certaine attention est accordée à ces profils, des programmes dédiés font défaut.Transférer l'expertise à la prévention de l'extrême droite
Le défi consiste à appliquer à l'extrême droite les connaissances acquises dans la lutte contre le djihadisme. Il s'agit notamment d'identifier les processus de déclassement social, de restauration personnelle et de radicalisation numérique.Concilier liberté et sécurité
Prévenir la radicalisation ne signifie pas surveiller les opinions politiques ni criminaliser des expressions légales. Les politiques publiques doivent se concentrer sur les discours de haine et les tendances à la violence, tout en veillant à préserver la liberté d'expression.L'urgence d'agir
La France dispose déjà des connaissances, des professionnels et des outils nécessaires pour prévenir la violence d'extrême droite. Attendre qu'une tragédie survienne risque de faire manquer l'occasion de construire une réponse proactive et efficace.