La culture du paprika en Hongrie a fortement décliné, les surfaces dédiées à cette épice ayant diminué de près de 90 % depuis 1979. En 1979, le pays cultivait le paprika sur 13 029 hectares, mais en 2024, ce chiffre était tombé à seulement 1 410 hectares. La situation s’est aggravée ces dernières années, l’été 2026 étant le plus sec depuis 1901 et le deuxième plus chaud jamais enregistré, selon le service météorologique HungaroMet. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin : sécheresses, vagues de chaleur, apparition de nouveaux ravageurs et l’afflux de poudres de paprika bon marché en provenance de Chine. Plusieurs études ont identifié ces menaces, mais aucune n’a encore quantifié l’impact de chacun de ces facteurs sur la baisse de la production. Le poivron Capsicum annuum, dont est issu le paprika, est sensible aux températures élevées, en particulier pendant la floraison. Des chercheurs de l’Université agricole du Pendjab, en Inde, ont étudié ce phénomène en 2011, testant onze variétés de piments forts. Ils ont constaté qu’à 40 °C le jour, seulement 18,2 % des fleurs donnaient des fruits, contre 65 % à 34 °C. Les températures élevées réduisaient également la viabilité du pollen et la taille des fruits. Ces résultats, publiés dans la revue International Journal of Bio-resource and Stress Management, portaient sur des variétés indiennes et ne s’appliquent pas nécessairement aux cultivars hongrois. Un autre défi provient de la noctuelle de la tomate, Helicoverpa armigera, une espèce méditerranéenne qui s’attaque au paprika hongrois depuis 1993. Ce ravageur prospère lors des étés chauds et secs, et ses pullulations sont de plus en plus fréquentes. Des chercheurs de l’Université hongroise d’agriculture et des sciences de la vie de Kaposvár et de l’Université Sapientia de Transylvanie ont étudié ce papillon, notant qu’il peut produire deux à trois générations par an en Hongrie. Les larves se nourrissent des fruits de poivron, créant des blessures qui permettent aux pathogènes de pénétrer. En photographiant des chenilles en 2022 et 2023, les chercheurs ont découvert que ces insectes peuvent changer de couleur pour s’adapter aux plantes sur lesquelles ils se nourrissent, une caractéristique qui pourrait faciliter leur propagation vers de nouvelles zones agricoles. L’Europe importe environ 300 000 tonnes d’herbes et d’épices chaque année, principalement d’Asie de l’Est, selon le Centre commun de recherche de la Commission européenne. En 2019, près de 1 900 échantillons provenant de 23 pays européens ont été analysés, et 17 % des produits se sont révélés suspects de fraude. Cependant, le paprika présente le taux le plus faible de suspicion de fraude, à 6 %, ce qui suggère que la principale pression exercée par les produits importés provient de leurs prix plus bas plutôt que de problèmes de qualité. Pour protéger les appellations uniques du paprika de Kalocsa et de Szeged, des chimistes de l’Université de Murcie, en Espagne, ont utilisé la spectroscopie dans le proche infrarouge pour analyser 115 échantillons. Leur méthode, publiée dans Food Control, permet de distinguer les produits protégés et de détecter des colorants nocifs comme le rouge Soudan et le rouge Congo à très faible concentration. Si ces études ne proposent pas de solutions immédiates, elles mettent en lumière des stratégies potentielles, comme le développement de variétés de poivrons résistantes à la chaleur, une surveillance plus stricte des ravageurs et un renforcement des contrôles pour vérifier l’origine des poudres de paprika. D’autres défis persistent, comme la pénurie de travailleurs saisonniers pour la récolte manuelle. Le ministère hongrois de l’Agriculture a exprimé son intention de soutenir les producteurs, mais n’a pas encore annoncé de mesures précises. Au-delà des implications économiques, le déclin de la culture du paprika menace également un patrimoine culturel. Introduit en Europe depuis les Amériques au XVIe siècle, le paprika est devenu un symbole national au XIXe siècle, selon l’ethnographe Imre Romsics. Le préserver, c’est maintenir un secteur unique et une tradition vieille de plusieurs siècles en Europe.