Entre 1897 et 1902, 1 600 tonnes de galets étaient extraites chaque jour de la plage en face du village de Hallsands, dans le sud du Devon, pour être utilisées dans les chantiers navals de Plymouth. Cette opération de dragage a réduit la hauteur de la plage de 2 à 4 mètres, supprimant ainsi la barrière naturelle qui protégeait le village des ondes de tempête. Le banc de galets, qui amortissait autrefois les vagues avant qu’elles n’atteignent le village, constituait un rempart essentiel contre la mer. Un entrepreneur avait obtenu une licence du Board of Trade pour draguer la zone, et des sources locales suggèrent que l’opération était supervisée par sir John Jackson, impliqué dans des projets de la Royal Navy. L’ampleur du dragage peut être mesurée en considérant que 1 600 tonnes par jour équivalent à environ soixante semi-remorques de 25 tonnes, sept jours sur sept. Les villageois protestaient car le banc de galets était leur défense naturelle, mais le dragage s’est poursuivi malgré leurs inquiétudes. Dès 1900, la plage avait déjà perdu entre 2,1 et 3,7 mètres de hauteur, bouleversant le quotidien des pêcheurs locaux qui s’appuyaient auparavant sur les galets pour tirer leurs bateaux à terre. Bien que la licence ait été révoquée en 1902, il était trop tard pour empêcher le déclin du village. Les chiffres de population illustrent l’impact de ces changements. En 1891, Hallsands comptait 37 maisons et 159 habitants. En 1906, il ne restait plus que 25 maisons et 93 personnes. Près de la moitié de la population avait quitté le village en quinze ans, et ces départs ont été suivis par une série de tempêtes dévastatrices en 1903 et 1904. Une digue protectrice temporaire a été construite, mais elle ne pouvait remplacer le banc de galets disparu. Les chercheurs du projet CITiZAN, qui étudie le patrimoine côtier de la Grande-Bretagne, soulignent que l’histoire est complexe, car le dragage a coïncidé avec une période de tempêtes intenses liées à l’oscillation nord-atlantique, un schéma de pression atmosphérique influençant le temps dans la région. Le 26 janvier 1917, une violente tempête a détruit le village, laissé sans défense après la perte de ses remparts naturels. Une seule maison est restée intacte après quinze ans de déclin. Les villageois avaient tenté de se préparer, tirant leurs bateaux dans la rue et mettant les enfants à l’abri dans une maison voisine, mais les vents violents et les marées exceptionnellement hautes ont submergé le village. À minuit, quatre maisons avaient disparu, et aucune ne restait debout. La marée haute du 28 janvier a achevé de briser les dernières digues protectrices, laissant le village pratiquement en ruines. Une seule maison était encore habitable. Les habitants ont lutté pendant sept ans pour obtenir des compensations, recevant finalement 6 000 livres sterling à titre de dommages. Pour des familles ayant perdu leur foyer, leurs bateaux et leur mode de vie, cette somme est intervenue après plus d’une génération de pêche sans plage. Aujourd’hui, les ruines de Hallsands persistent, accrochées à la falaise au-dessus de la baie. Le journal local, le Kingsbridge Gazette, a résumé la tragédie dans une phrase célèbre : la plage était partie à Devonport, et les maisons à la mer.