En 1776, le roi Louis XVI de France nomma une commission chargée de trouver un port stratégique pour défendre les côtes de la Manche. L’objectif était de construire un port militaire capable de faire face directement à l’Angleterre, et la ville de Cherbourg fut choisie pour ce projet. Pour protéger le port, la monarchie utilisa initialement 90 cônes en bois remplis de pierres. Cependant, les travaux furent abandonnés en 1788, laissant le port vulnérable.
En 1784, Louis XVI valida un projet inédit proposé par l’ingénieur Cessart. Son idée consistait à ériger une digue en forme de cône tronqué en bois, haute de 20 mètres, au large sur un fond sableux. Les quatre premiers cônes ne résistèrent pas aux tempêtes, et en cinq ans, seulement une vingtaine sur les quatre-vingt-dix prévus furent achevés. L’échec de 1788 entraîna l’abandon du projet de Cessart au profit d’une méthode plus traditionnelle proposée par un autre ingénieur, La Bretonnière, qui suggéra de couler de vieux navires et d’éparpiller des pierres pour protéger le port.
L’objectif était de construire un port militaire pouvant abriter 80 navires de guerre, et le projet fut supervisé par des figures notables comme Suffren, Dumouriez et La Bretonnière. Le plan de La Bretonnière prévoyait une digue de 4 kilomètres entre l’île de Pelée et la pointe de Querqueville, mais la cour royale opta pour le projet plus audacieux de Cessart. La digue de Cessart devait être composée de 90 cônes en bois, chacun mesurant environ 50 mètres de diamètre à la base et 20 mètres au sommet, pour une hauteur de 20 à 24 mètres. Chaque cône était remorqué en mer, immergé, rempli de pierres, puis relié aux autres par des chaînes en fer. Le premier cône fut immergé le 6 juin 1784, à un kilomètre de l’île de Pelée. Le port était rempli de 300 à 400 bateaux transportant des pierres depuis le port de Becquet. Les structures étaient fabriquées en chêne et en hêtre, avec des ouvertures à plusieurs niveaux pour verser les pierres, quelle que soit la marée.
Louis XVI effectua son unique voyage en province le 22 juin 1786 (certaines sources mentionnent le 23 juin) pour assister au lancement du neuvième cône. Aucun roi de France n’avait auparavant effectué un tel déplacement pour visiter un chantier. Cependant, le projet rencontra d’importantes difficultés liées aux conditions météorologiques. Comme l’a souligné l’historien du XIXe siècle Alexis de Tocqueville, les cônes ne pouvaient être lancés que deux ou trois mois par an, et seulement quelques jours par mois, ce qui limitait à trente-six jours par an les conditions météo favorables pour l’ensemble du projet.
En 1788, la mer s’avéra trop puissante. Les quatre premiers cônes furent détruits par les tempêtes, et les autres subirent de graves dommages. En cinq ans, seulement une vingtaine de cônes furent achevés sur les quatre-vingt-dix prévus (certaines sources évoquent dix-huit). Cessart tenta de protéger les cônes en les entourant de gros blocs de pierre, une solution qui contredisait le projet initial. En 1788, il fut conclu que l’approche de Cessart avait échoué, et les cônes restèrent vides.
Le projet revint alors à la méthode de La Bretonnière, précédemment rejetée. La crainte était que les pierres ne soient poussées à l’intérieur du port. Le contraste était saisissant : un projet avant-gardiste fut abandonné au profit d’une technique plus traditionnelle et rustique. Les conséquences se firent sentir dans la ville, car l’abandon des cônes entraîna du chômage à Cherbourg à la veille de la Révolution française, et le financement fut réduit en 1790. La démission de La Bretonnière en 1792 interrompit les travaux pendant dix ans.
Une historienne locale, Magali Lachèvre, estime que l’échec de ce projet a affaibli la monarchie et pourrait avoir accéléré l’arrivée de la Révolution de 1789. Si le jugement est clair, il met aussi en lumière la pression financière sur un royaume déjà endetté. La digue offshore ne fut finalement achevée qu’en 1853, soit environ 70 ans après l’immersion du premier cône. Elle mesure 3 640 mètres, avec une largeur moyenne de 100 mètres à sa base, 12 mètres à son sommet, et une hauteur de 27 mètres. Les digues est et ouest furent ajoutées dans les années 1890. Parmi les ingénieurs ayant travaillé sur le projet figurent Cessart, La Bretonnière, Joseph Cachin, puis Fouques-Duparc et Félix Reibell jusqu’en 1853. Les digues et forts ont été classés monuments historiques en 2021. Des cônes de Cessart, seuls des modèles subsistent. Le Musée des Arts et Métiers conserve une maquette en bois et fer de 38 x 85 cm, entrée dans ses collections en 1849.
Construction et Abandon de la digue en mer de Cherbourg au 18e siècle
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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