Lac Settons, dans le département de la Nièvre, a été créé par un barrage en granit construit sur la Cure à partir de 1854. Ce barrage, long de 271 mètres et haut de 19,50 mètres – soit environ la hauteur d’un immeuble de six étages –, avait été édifié pour acheminer du bois de chauffage depuis le Morvan jusqu’à Paris. À son achèvement en 1858, il a formé un lac couvrant 360 hectares, soit l’équivalent d’environ 500 terrains de football. Aujourd’hui, ce plan d’eau est un lieu prisé pour la baignade, la voile et la pêche, bien loin de sa fonction initiale de voie de transport pour le bois. Le bois en provenance du Morvan constituait une source d’énergie essentielle pour Paris du milieu du XVIe siècle jusqu’au milieu du XIXe siècle. Une technique appelée « flottage » ou « perdues » était alors employée : les troncs étaient lâchés dans les rivières sans être attachés, comptant sur le courant pour les emporter. Dans des villes comme Clamecy ou Vermenton, les bûches étaient rassemblées en longs trains flottants, guidés le long des rivières Yonne et Seine. Des lâchers d’eau printaniers permettaient de créer des crues artificielles afin de faciliter le transport des grumes vers l’aval. Pour contrôler ces lâchers, l’État français a construit des barrages, dont celui de la Cure. Les projets de construction du barrage sur la Cure remontent à 1780, mais les travaux n’ont débuté qu’en 1854, soit plus de 70 ans plus tard. À cette époque, le charbon commençait déjà à remplacer le bois comme principale source d’énergie, et la technique du flottage était en déclin. Le barrage a été inauguré en 1858 et classé au titre des monuments historiques en mars 2024. Certaines sources locales indiquent que les travaux se sont achevés en 1861, trois ans après l’inauguration, ce qui explique pourquoi certains guides mentionnent des dates légèrement différentes. Bien que le transport du bois par voie fluviale ait cessé dans les années 1920, le barrage conserve aujourd’hui une fonction importante. Avec d’autres barrages du Morvan, il contribue à réguler le débit de l’Yonne et de la Seine, réduisant ainsi les risques d’inondation à Paris. Sa structure reste visible, avec sa digue en granit s’étendant sur 271 mètres à travers la vallée. Le lac qui l’entoure, long de 17 kilomètres de berges, est désormais un élément naturel du Parc naturel régional du Morvan. Cet été, le bois de chauffage est à nouveau stocké en prévision des premiers feux de la saison, même si les lâchers d’eau servent désormais un autre objectif. Au lieu de guider des grumes vers l’aval, ils permettent aux kayakistes de naviguer sur la Cure, là où les bûches flottaient autrefois.