La nouvelle loi française définit le consentement comme libre et éclairé, rejetant l'idée que le silence implique un accord. Ce changement met en lumière la complexité du refus dans les rapports de pouvoir déséquilibrés.
Définition juridique du consentement mise à jour
Depuis le 8 novembre 2025, le Code pénal français a mis à jour sa définition du consentement en matière d'agression sexuelle. Le nouveau libellé de l'article 222-22 précise que le consentement doit être « libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable ». Il indique également que le consentement ne peut pas être déduit uniquement du silence ou de l'absence de réaction de la victime.Un changement qui dépasse le tribunal
Cette évolution juridique concerne bien plus que les affaires portées devant les tribunaux. Dans le cadre professionnel, les comportements inappropriés, comme les remarques non désirées ou les pressions, relèvent de catégories différentes. Toutefois, la recherche en psychologie montre que les personnes peinent souvent à exprimer clairement leur refus ou à interpréter correctement les intentions d'autrui.Tests psychologiques sur les réactions
Les psychologues Woodzicka et LaFrance ont étudié la manière dont les personnes prédisent leurs propres réactions dans des situations embarrassantes. Lorsqu'on leur demandait d'imaginer refuser une question intrusive lors d'un entretien d'embauche, la plupart des femmes affirmaient qu'elles le feraient. Pourtant, lors de véritables entretiens, personne n'a refusé, ce qui révèle un écart entre le comportement imaginé et le comportement réel.L'illusion du courage
Des écarts similaires apparaissent dans des études psychologiques comme celles de Stanley Milgram. Les participants pensaient ne pas infliger de décharges électriques à un inconnu, mais beaucoup l'ont fait. La psychologue Leaf Van Boven parle d'« illusion du courage », un phénomène par lequel les personnes sous-estiment l'impact de la peur et de la gêne.Dynamiques professionnelles et crainte
Au travail, refuser des avances non désirées peut entraîner des risques supplémentaires, comme être mis à l'écart ou perdre des opportunités. Dire non n'est donc pas seulement un choix, mais aussi un risque de subir des conséquences. Cela rend la situation plus complexe qu'il n'y paraît.Un changement dans la charge de la preuve
La nouvelle loi retire à la personne mise en cause la possibilité de s'appuyer uniquement sur le silence de la victime pour affirmer qu'elle a consenti. C'est un point important dans les relations hiérarchiques, où exprimer un refus peut être particulièrement difficile.Malentendus dans les rapports de pouvoir
La psychologue Vanessa Bohns a constaté que les personnes en position de pouvoir surestiment souvent la facilité avec laquelle les autres peuvent leur opposer un refus. Un sourire hésitant ou une réponse évasive peut être interprété à tort comme un intérêt ou un encouragement.Le pouvoir et la perspective
Les travaux du psychologue Adam Galinsky montrent que le pouvoir peut réduire la capacité à comprendre le point de vue d'autrui. Un manager peut considérer une demande comme une proposition, alors qu'un collègue la vit comme un refus difficile à formuler. Cette dynamique a été décrite par Monica Lewinsky dans Vanity Fair en 2018.De nouvelles pistes pour apprécier le consentement
La loi actualisée permet d'apprécier le consentement en fonction des circonstances particulières, notamment de la relation entre les personnes. Cela peut aider à interpréter le silence ou à identifier des contraintes susceptibles d'affecter le consentement. Le Code du travail reconnaît également comme harcèlement sexuel une pression grave, même si elle n'est pas répétée.Les risques d'une nouvelle interprétation juridique
Si la nouvelle loi comble certaines lacunes, elle comporte aussi des risques. En l'absence de preuves matérielles, on peut être tenté d'analyser le comportement de la victime à la recherche de signes de consentement. Cela est particulièrement vrai au travail, où les dynamiques sociales et les déséquilibres de pouvoir peuvent influencer l'interprétation des faits.La nécessité d'une prévention au sein des organisations
La prévention de telles situations incombe avant tout aux organisations. Elles peuvent former les managers aux effets du pouvoir, mettre en place des canaux de signalement sûrs et encourager les témoins à agir. L'interrogation se déplace alors de « Pourquoi n'a-t-elle pas dit non ? » à « Pouvait-elle dire non ? »Repenser la responsabilité managériale
Pour les managers, cela implique de se demander si le silence d'un collègue indique réellement son consentement. Si une personne estime ne pas pouvoir refuser, son silence ne signifie pas forcément son accord. Cette remise en question est essentielle pour favoriser un environnement de travail respectueux et sûr.