Un satellite pesant plusieurs tonnes dérive dans l’espace, hors de portée de tout bras robotisé, condamné à devenir un déchet orbital coûteux. La cause de cette situation remonte à un lanceur défaillant qui, deux ans plus tôt, avait laissé Intelsat 603 sur une orbite inutilisable. Face à ce problème apparemment insurmontable, la NASA allait trouver une réponse aussi audacieuse qu’inédite : envoyer trois astronautes pour saisir, à mains nues, un objet aussi lourd qu’un petit camion. Cette histoire, l’une des plus spectaculaires de l’exploration spatiale américaine, mérite d’être racontée, car elle illustre comment l’improvisation et le sang-froid ont parfois pesé plus que la technologie la plus sophistiquée.
L’incident technique remonte à mars 1990, lorsque le satellite de télécommunications Intelsat 603 fut placé sur une orbite incorrecte en raison d’une défaillance de son lanceur, un Commercial Titan III. L’appareil, propriété du consortium Intelsat, devint inutilisable, mais représentait un enjeu financier trop important pour être abandonné. La société Hughes, maître d’œuvre principal, signa alors un accord évalué à 90 millions de dollars avec la NASA pour organiser une mission de sauvetage par navette spatiale, une opération sans précédent dans l’histoire du programme.
C’est la mission STS-49, assignée dès décembre 1990 à un équipage chargé de récupérer ce satellite perdu, qui allait concrétiser cette ambition. Elle marquait également le premier vol de la navette Endeavour, tout juste sortie des ateliers pour remplacer Challenger. Parmi l’équipage figuraient trois hommes dont les noms allaient bientôt entrer dans les livres d’histoire de l’astronautique : Pierre J. Thuot, Richard Hieb et Thomas Akers.
Leur mission semblait simple sur le papier : s’approcher du satellite, le sécuriser, puis le ramener sur Terre. La réalité s’avéra bien plus complexe. Lorsque la barre de capture échoua, la NASA improvisa une capture manuelle inédite à trois astronautes. La procédure initiale prévoyait l’utilisation d’une barre de capture, un outil spécialement conçu pour être fixé au satellite depuis le bras robotisé de la navette. Thuot et Hieb tentèrent leur première sortie extravéhiculaire, positionnés sur ce bras articulé, pour venir fixer la barre à Intelsat 603. L’opération échoua. Le lendemain, une seconde tentative, strictement identique, aboutit au même échec : le satellite, en légère rotation, refusait obstinément d’être saisi par cet équipement, pourtant conçu pour l’occasion.
Face à ce double revers, les équipes au sol et l’équipage devaient réagir rapidement. C’est alors qu’une idée aussi surprenante qu’audacieuse émergea, suggérée par l’astronaute Bruce Melnick, resté à bord pour piloter le bras robotisé : et si, au lieu de persister avec la barre, ils tentaient une capture manuelle à trois ? La proposition était surprenante, car jamais, dans toute l’histoire des sorties extravéhiculaires, une équipe de plus de deux personnes n’avait simultanément quitté l’écoutille. Les raisons étaient à la fois logistiques – l’étroitesse de l’écoutille rendant l’opération délicate – et liées à la sécurité, chaque paire de mains supplémentaire dans le vide augmentant les risques. Pourtant, l’option fut retenue.
Le 13 mai 1992, Thuot, Hieb et Akers sortirent ensemble de l’étroite écoutille d’Endeavour, une manœuvre en soi délicate compte tenu de l’espace limité. Pendant ce temps, le commandant Daniel Brandenstein rapprocha l’orbiteur du satellite avec une précision chirurgicale, ne laissant que quelques mètres entre la navette et Intelsat 603. Cette phase d’approche, réalisée à l’aide des systèmes de navigation et des calculs au sol mais sans système de capture automatisé, reposait sur l’expérience et la dextérité du pilote. Une fois à portée, les trois hommes tendirent les bras et parvinrent, ensemble, à stabiliser et à saisir manuellement un objet d’environ 4 215 kilogrammes, soit près de 4,5 tonnes, dérivant en apesanteur.
L’image reste frappante : une machine de la taille d’une petite voiture, immobilisée par la seule force musculaire et la coordination de trois hommes flottant dans le vide spatial. Une fois le satellite stabilisé, il put enfin être fixé à un nouveau moteur auxiliaire qui lui permettrait, une fois libéré, d’atteindre son orbite finale. Cette opération de capture manuelle ne dura pas quelques minutes. Elle s’étira exactement sur 8 heures et 29 minutes, un chiffre confirmé par plusieurs sources spécialisées et par les astronautes eux-mêmes.
Selon Pierre Thuot, cette sortie extravéhiculaire reste à ce jour la seule de l’histoire à avoir réuni trois marcheurs de l’espace simultanément à l’extérieur de leur véhicule. Elle établit également, à l’époque, le record de la plus longue activité extravéhiculaire jamais réalisée, dépassant un record vieux de 20 ans détenu par l’équipage d’Apollo 17. Plus largement, la mission STS-49 dans son ensemble laissa une empreinte durable : jamais auparavant un vol de navette n’avait compté autant de sorties extravéhiculaires. L’équipage en réalisa finalement quatre au total, accumulant 25 heures et 23 minutes à l’extérieur de la navette, un record absolu pour l’époque.
La mission s’acheva le 16 mai 1992, après 141 orbites autour de la Terre en 213 heures de vol, pour une distance totale approchant les 3,7 millions de miles, soit environ 6 millions de kilomètres. Au-delà de l’exploit athlétique et technique, cette sortie extravéhiculaire hors du commun a durablement influencé la manière dont la NASA envisage désormais les opérations de sauvetage orbital. Elle a démontré qu’une improvisation maîtrisée, appuyée par un entraînement rigoureux et une coordination sans faille entre les astronautes et le pilote de l’orbiteur, pouvait pallier l’échec d’une procédure méticuleusement planifiée dans ses moindres détails. Cette capacité d’adaptation est depuis devenue un pilier de la formation des équipages destinés aux missions les plus délicates, notamment celles impliquant la maintenance de satellites ou, plus tard, les réparations sur le télescope spatial Hubble.
Capture manuelle sans précédent d'un satellite lors d'une mission spatiale en 1992
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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