Depuis plus de vingt ans, Marie Dumora explore l’est de la France à travers le documentaire, s’attardant souvent sur des mémoires douloureuses de la Seconde Guerre mondiale, comme la déportation forcée du peuple yéniche, un sujet qu’elle a traité dans son film Belinda en 2018. Son dernier ouvrage, La Ligne bleue, se concentre sur la carrière de granit du camp du Struthof, seul camp de concentration établi sur le sol français. Aujourd’hui recouvert de végétation, ce site est au cœur de l’exploration de Dumora sur la « cicatrice rosée » laissée par le camp et sur la route qui y menait, construite par des prisonniers forcés de travailler dans la carrière. Le camp du Struthof faisait partie du complexe plus large de Natzweiler, où environ 52 000 personnes ont été détenues, et au moins 17 000 y sont mortes.
La Ligne bleue s’appuie sur des témoignages de ceux qui ont été témoins ou indirectement touchés par les événements du Struthof, cherchant à faire resurgir une histoire largement oubliée. Le film juxtapose des images du passé et du présent, révélant comment les traces de cette violence résonnent encore dans le paysage. Par exemple, la route qui menait autrefois au camp serpente aujourd’hui au cœur d’une forêt, contournant un village qui s’élevait autrefois à proximité. Si la démarche du film rappelle, de manière mesurée, le style du cinéaste Claude Lanzmann dans Shoah, elle n’atteint pas pour autant la même profondeur ou intensité que ce documentaire marquant. Certains témoignages n’en restent pas moins profondément émouvants.
Les choix cinématographiques de Marie Dumora — comme l’utilisation d’une caméra à l’épaule et d’un objectif de 50 mm — créent une atmosphère intime lors des entretiens, favorisant des liens personnels avec les personnes interrogées. Cependant, le film peine à établir un lien visuel entre les récits et les paysages environnants, qui auraient pu apporter davantage de contexte. Malgré ces limites, La Ligne bleue reste précieux pour mettre en lumière un chapitre méconnu de l’histoire et souligner les rares manifestations de solidarité et de compassion dont ont fait preuve certains villageois alsaciens envers les déportés. Ces actes, allant de petits gestes de charité à de véritables histoires d’amour, contrastent avec la lâcheté, l’indifférence et le déni qui prévalaient à l’époque.
Un documentaire explore le traumatisme oublié du seul camp de concentration de France
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Sources d'origine :
- 🇫🇷Critikat



