Depuis plusieurs années, la création et la diffusion de deepfakes pornographiques — des images ou vidéos utilisant l’intelligence artificielle pour manipuler des personnes réelles — ont connu une explosion sur Internet. Trois chercheuses, Sarah Morgan, Sophie J. Nightingale et Hany Farid, ont pointé du doigt la responsabilité des grands fournisseurs de services comme Cloudflare, Namecheap et Google dans la diffusion de ces images souvent violentes. Ces contenus peuvent causer des préjudices considérables aux victimes-survivantes, les plongeant parfois dans une rupture sociale. En mai 2025, MrDeepfakes, l’un des sites les plus populaires pour produire ce type de contenu, a fermé ses portes en déclarant : « Un fournisseur de services essentiel a définitivement mis fin à ses services. La perte de données rend impossible la poursuite de l’activité. »
Dans une étude publiée dans la Revue de la confiance et de la sécurité en ligne, les chercheuses ont révélé que quelques-unes des plus grandes entreprises mondiales d’Internet fournissent l’infrastructure de base — comme l’hébergement web et les réseaux de diffusion de contenu — aux sites de deepfakes. Elles ont cité Cloudflare, Namecheap et Google comme acteurs clés. Le nombre de deepfakes détectés est passé de 500 000 images en 2023 à 8 millions en 2025. Bien que ces chiffres soient des estimations globales, une autre étude indique que la majorité sont créés dans l’intention de cibler des femmes pour produire des images sexualisées sans leur consentement.
Les chercheuses ont examiné « le rôle que joue l’infrastructure technologique générale — souvent invisible — dans la création et la diffusion » de ces deepfakes, en analysant 88 sites hébergeant des deepfakes de célébrités, repérés via des recherches par mots-clés et des alertes Google. Parmi eux, 38 étaient exclusivement dédiés à des deepfakes sexistes et sexuels. Leur analyse a révélé que la plupart (80) étaient des sites de vidéos pour adultes, cinq des forums pour adultes. Les trois restants comprenaient un forum général avec un fil de discussion spécifique sur le sujet, une plateforme de création par abonnement proposant du contenu adulte, et un site de partage de fichiers basé sur le cloud.
Les chercheuses ont identifié cinq fournisseurs d’infrastructure dominants : Cloudflare, Google, Namecheap, WordPress et Protonmail. Cloudflare fournissait la majorité des services, se classant premier dans quatre des neuf composantes de l’infrastructure : hébergement web, réseau de diffusion de contenu (CDN), système de noms de domaine (DNS) et outils d’analyse. Google dominait dans la fourniture de certificats SSL et d’espaces publicitaires. Namecheap, WordPress et Protonmail étaient les principaux fournisseurs d’enregistrement de noms de domaine, de systèmes de gestion de contenu et de services de messagerie. Ces résultats étaient cohérents dans la sous-catégorie des sites exclusivement dédiés à ce type de contenu.
Les chercheuses estiment que la prolifération de ces deepfakes sexistes et sexuels ne relève pas uniquement d’un problème de création ou de modération de contenu, mais aussi d’un enjeu d’infrastructure. Elles suggèrent que tous les fournisseurs d’infrastructure devraient bloquer définitivement les sites qui hébergent exclusivement ou principalement ce type de contenu. Cependant, de telles mesures devraient être réservées aux cas les plus graves et ne pas être prises à la légère. Elles citent la décision de Cloudflare en 2017 de fermer le compte du site néonazi The Daily Stormer, montrant que les fournisseurs d’infrastructure peuvent mettre en œuvre de telles mesures.
Depuis, Cloudflare adopte une approche prudente dans ce domaine, comme en témoigne sa position face à 8chan après les fusillades d’El Paso et de Dayton en 2019. L’entreprise a déclaré qu’elle n’autiserait plus 8chan à utiliser ses services, invoquant le rôle de la plateforme dans l’inspiration d’événements tragiques. De même, Cloudflare a bloqué Kiwi Farms, un forum connu pour organiser des campagnes de harcèlement, malgré la difficulté de telles décisions. Cependant, même lorsque des sites sont bloqués, des utilisateurs malveillants parviennent souvent à recréer des comptes sous de nouvelles adresses. Le défi ne réside pas seulement dans le blocage, mais dans la responsabilité individuelle, une tâche compliquée par l’anonymat de nombreux acteurs et l’absence de cadres juridiques cohérents entre les juridictions.
Les principaux fournisseurs d'accès Internet sous le feu des projecteurs pour leur rôle dans la diffusion de deepfakes
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
deepfakestech-infrastructureonline-safetyinternet-giantsdigital-abusecontent-moderation
Sources d'origine :
- 🇫🇷Next



