En 1974, le gastéropode Euglandina rosea, communément appelé escargot-loup, fut introduit en Polynésie française dans l’objectif de lutter contre l’escargot géant africain, une espèce qui endommageait les cultures locales. Cependant, l’escargot-loup s’est révélé être un prédateur inefficace contre sa cible initiale. À la place, il s’est tourné vers les petits escargots natifs du genre Partula, endémiques à la région. Ce changement de comportement inattendu a conduit à l’extinction de 45 des 51 espèces de Partula évaluées, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). L’escargot géant africain, introduit des décennies plus tôt, représentait une menace majeure pour l’agriculture, mais la solution retenue – l’introduction d’un nouveau prédateur – a eu des conséquences désastreuses et imprévues. L’escargot géant africain, un mollusque terrestre de grande taille, avait été introduit accidentellement en Polynésie française et s’était rapidement répandu, endommageant les cultures vivrières et les jeunes arbres fruitiers. En réponse, les autorités locales avaient décidé d’introduire Euglandina rosea comme prédateur naturel. L’idée consistait à utiliser un escargot carnivore pour contrôler une autre espèce, évitant ainsi l’usage de pesticides chimiques. Toutefois, cette stratégie de lutte biologique fut mise en œuvre sans une compréhension approfondie de ses impacts écologiques. L’escargot-loup, bien qu’étant un prédateur, fut surpassé par l’escargot géant africain, plus grand et plus rapide, qui parvenait facilement à esquiver ses attaques. Pendant ce temps, les escargots Partula, plus petits et plus vulnérables, n’avaient aucune défense contre ce nouveau prédateur. Les conséquences furent graves et rapides. Dans la décennie suivant l’introduction de l’escargot-loup, sept espèces de Partula avaient disparu de l’île de Moorea. Des extinctions similaires furent observées dans d’autres îles des îles de la Société, comme Bora-Bora, Tahaa, Raiatea et Huahine. En 2022, l’UICN confirmait que 45 des 51 espèces de Partula évaluées avaient disparu à l’état sauvage, une grande partie de ces pertes étant directement attribuées à l’escargot-loup. Une étude publiée en 2019 dans la revue Evolutionary Applications estimait que près de 51 % des espèces de partulidés des îles de la Société avaient désormais disparu. Certaines espèces, comme Partula magistri et Partula dentifera, furent officiellement déclarées éteintes en 2024. Face à cette crise, des scientifiques lancèrent en 1986 un programme de reproduction en captivité pour préserver les espèces restantes de Partula dans des zoos à travers le monde. Cette initiative a connu un certain succès, avec le réintroduction de milliers d’individus de deux espèces, Partula rosea et Partula varia, en Polynésie française en 2019. Aujourd’hui, les îles Marquises, les îles Australes et certaines parties des îles Cook sont considérées comme des refuges pour les espèces survivantes de Partula. L’escargot-loup est désormais classé comme une espèce nuisible en Polynésie française, et son transport entre les îles est interdit. L’histoire des escargots Partula constitue un exemple édifiant pour la communauté scientifique mondiale, soulignant la nécessité d’évaluations écologiques rigoureuses avant toute introduction d’espèces. Si la lutte biologique reste une alternative viable aux pesticides, le désastre des Partula illustre les risques des décisions hâtives pouvant entraîner des dommages écologiques irréversibles.