Les affiches générées par intelligence artificielle (IA) se multiplient dans les espaces publics, suscitant des inquiétudes parmi les artistes visuels et les critiques quant à leur impact sur l’esthétique et la qualité culturelle. Dans des villes comme Strasbourg et Rouen, en France, les autorités locales et les organisateurs d’événements commencent à utiliser des visuels créés par IA, souvent au détriment des pratiques artistiques traditionnelles. Cette tendance a attiré l’attention sur le subreddit IaCaca, lancé en décembre 2025 et qui compte désormais plus de 124 000 membres. La communauté y discute de la présence croissante de l’IA dans le design visuel, critiquant souvent son manque d’originalité et de créativité.
À Strasbourg, l’illustratrice Clémence Dupont a observé une augmentation de l’utilisation d’affiches générées par IA par les petites entreprises, les événements culturels et même l’administration locale. Ces affiches sont fréquemment critiquées pour leur uniformité et leur manque de créativité, Dupont les décrivant comme stériles et dépourvues d’âme. Elle s’inquiète également de clients utilisant l’IA pour générer des concepts initiaux de design, allant parfois jusqu’à s’approprier ses propres œuvres sans autorisation. Selon elle, cette pratique dévalorise l’art créé par des humains et spolie les artistes de leur travail.
À Strasbourg, l’affiche du carnaval de la ville, révélée comme étant générée par IA, a suscité une polémique parmi les illustrateurs locaux. L’affiche faisait partie de trois propositions soumises par l’agence Welcome Byzance, et la municipalité a choisi l’une des versions générées par IA en raison de contraintes budgétaires. Cette décision a alimenté les débats sur l’allocation des fonds culturels et la valeur accordée à l’art humain. L’incident a mis en lumière la tension entre l’efficacité économique et l’intégrité artistique dans les projets publics.
À Rouen, l’utilisation de visuels générés par IA pour une affiche intitulée Rouen frosted et une vidéo de concours de pulls de Noël a provoqué une réaction des artistes et auteurs. Le collectif Autrices & Auteurs Rouen a souligné les implications éthiques et politiques de ces contenus, notant que ces visuels manquent souvent de cohérence et submergent le spectateur d’informations excessives. Ils estiment que le recours à l’IA dans la communication visuelle pose des questions sur l’authenticité et la profondeur des contenus produits.
Le professeur Alberto Romele, de la Sorbonne, explique que l’esthétique des images générées par IA est façonnée par les données sur lesquelles elles sont entraînées, comme les banques d’images Shutterstock ou Getty Images. Cela produit souvent un effet de « lissage », donnant naissance à des visuels génériques et peu originaux. Il souligne également les problèmes de droits d’auteur liés à l’IA, ces modèles étant formés à partir de millions d’images sans le consentement des créateurs originaux.
Si les visuels générés par IA peuvent être plus accessibles et économiques pour le grand public, les critiques estiment que cette tendance risque d’appauvrir la culture. Les images générées par IA peinent souvent à refléter les dernières découvertes scientifiques et peuvent au contraire produire des contenus trompeurs ou sensationnalistes. En réponse, certaines autorités locales commencent à reconsidérer leur utilisation de ces outils. À Rouen, la ville prépare une charte interne pour exclure l’IA générative de ses visuels, tandis qu’à Strasbourg, des discussions sont en cours pour adopter des pratiques plus favorables aux créateurs. L’impact à long terme de ces incidents sur la perception publique et les politiques reste à déterminer, mais la prise de conscience croissante et la mobilisation des artistes et des critiques laissent entrevoir un changement dans la manière dont les contenus générés par IA sont perçus et utilisés dans l’espace public.
Des affiches générées par IA se multiplient dans l'espace public, suscitant l'inquiétude des artistes et des critiques
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