Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 28 février 2026, les économies des États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) subissent de nouvelles pressions, notamment sur les prix de l’énergie, les coûts de transport et les finances publiques. Pour anticiper et mesurer ces répercussions, la Commission de l’UEMOA a mis en place un mécanisme spécifique de suivi. Kouakou Hyppolite Konan, directeur de la Surveillance multilatérale à la Commission de l’UEMOA, a indiqué que le président de la Commission a donné instruction au Comité de veille économique (COVEC) de créer un dispositif pour suivre l’évolution de la situation et en évaluer les conséquences sur les économies des États membres. Un comité ad hoc a été créé sous l’égide du COVEC, associant des représentants de tous les départements de la Commission, avec une présidence et un secrétariat assurés par la Direction des politiques économiques (DPE). Ce comité réalise un travail régulier de surveillance et d’analyse, produisant des fiches hebdomadaires présentant les principaux développements du conflit, leurs conséquences sur l’économie mondiale et leurs répercussions potentielles ou observées au sein de l’espace UEMOA. À ce jour, 31 fiches ont été élaborées en 29 semaines de conflit. Elles sont examinées et validées chaque semaine par le Bureau du COVEC, présidé par le chef de cabinet du président. Par ailleurs, le comité prépare des rapports mensuels de synthèse, soumis à validation par l’ensemble des membres du COVEC. Les rapports couvrant la période de mars à août 2026 sont déjà disponibles. Ce dispositif permet à la Commission de disposer d’une lecture actualisée des évolutions économiques et d’identifier les risques pouvant affecter les États membres. Plus de sept mois après le début du conflit, les conséquences économiques les plus marquantes pour les pays de l’UEMOA incluent des perturbations sur les marchés mondiaux de l’énergie et de plusieurs matières premières stratégiques. Les craintes concernant la sécurité des approvisionnements en pétrole et en gaz, notamment en raison des tensions persistantes dans le détroit d’Ormuz, ont alimenté une volatilité significative des prix. Avant le conflit, environ 30 % du commerce mondial de pétrole et de gaz transitaient par cette route maritime. Au-delà des hydrocarbures, les perturbations logistiques et les tensions géopolitiques affectent aussi des produits stratégiques comme les engrais. Cette situation aggrave les risques inflationnistes, les préoccupations liées à la sécurité alimentaire et les perspectives de ralentissement de l’activité économique mondiale. Le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale à 3,0 % pour 2026, contre 3,4 % en 2025, en supposant une fin du conflit à mi-juin ou fin juin. Toutefois, le conflit se prolongeant, de nouvelles révisions des prévisions économiques pourraient intervenir. Par ailleurs, la hausse des taux d’intérêt contribue à alourdir le poids du service de la dette. En Afrique subsaharienne, les conséquences se traduisent principalement par l’augmentation des coûts de l’énergie et des transports, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et des risques de hausse des prix alimentaires et des intrants agricoles. Ces évolutions menacent la sécurité alimentaire et la stabilité macroéconomique. Selon le rapport de l’Organisation des Nations unies sur la sécurité alimentaire publié le 21 juillet 2026, plus de 500 millions de personnes pourraient encore souffrir de la faim chronique d’ici 2030, l’Afrique étant la région la plus touchée. Dans l’espace UEMOA, la manifestation la plus visible du conflit reste la hausse des prix des carburants à la pompe. À l’exception du Niger, tous les États membres ont procédé à des ajustements à la hausse pour prendre en compte l’augmentation des coûts d’approvisionnement. Certains pays ont même dû procéder à deux révisions. Ces hausses ont eu des répercussions sur d’autres secteurs, notamment les transports et les services financiers. Ainsi, le taux d’inflation annuel s’établissait à 1,3 % en août 2026, contre -1,6 % à la même période l’année précédente. Malgré cette accélération, le taux d’inflation moyen pour l’année 2026 devrait rester en deçà du plafond communautaire de 3 %. Le conflit exerce également des pressions sur les finances publiques des États membres. Les gouvernements ont dû engager des dépenses supplémentaires pour atténuer les effets de la hausse des prix internationaux. Des mesures ont notamment été prises pour contenir le coût des engrais et assurer le bon déroulement de la campagne agricole 2026-2027. Les États ont également mobilisé des subventions sur les produits pétroliers afin d’éviter de répercuter intégralement la hausse des prix mondiaux sur les consommateurs. Ces interventions, essentielles pour protéger la population, représentent toutefois un effort budgétaire supplémentaire. Malgré un environnement international difficile, les économies de l’UEMOA conservent une résilience et une dynamique remarquables. Depuis plus de dix ans, l’UEMOA figure parmi les zones économiques les plus dynamiques au monde, avec un taux de croissance qui oscille régulièrement autour de 6 %, voire au-delà. Même pendant la crise sanitaire liée à la Covid-19, l’Union a enregistré une croissance positive de 1,3 % en 2020, alors que plusieurs grandes économies mondiales entraient en récession. Cette capacité de résistance constitue un atout face aux chocs externes actuels. Cependant, la vigilance reste de mise, car la persistance des tensions géopolitiques et leurs conséquences sur les marchés internationaux pourraient peser sur l’activité économique. Le prochain rapport de surveillance multilatérale, attendu en décembre 2026, permettra de disposer de données actualisées fournies par les États membres et d’évaluer plus précisément les perspectives économiques de l’Union. Face à ces défis, la Commission de l’UEMOA a défini plusieurs priorités pour renforcer la résilience des États membres. La première concerne la protection des populations les plus vulnérables. Lorsque nécessaire, les États doivent pouvoir adopter des mesures temporaires visant à limiter les effets de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires sur le pouvoir d’achat des ménages. La deuxième priorité porte sur la sécurité des approvisionnements énergétiques. Il est essentiel de renforcer les capacités nationales de stockage afin de constituer des réserves de sécurité suffisantes pour prévenir le risque de pénuries. Un troisième axe concerne les intrants agricoles, en particulier les engrais. Il faut œuvrer à sécuriser leur approvisionnement, notamment en envisageant des mécanismes de mutualisation des achats entre États membres. Une telle approche pourrait contribuer à réduire les coûts et à limiter la vulnérabilité de nos économies aux perturbations des marchés internationaux. Enfin, il est indispensable de poursuivre les efforts de consolidation budgétaire engagés ces dernières années. La préservation de la stabilité macroéconomique reste une condition essentielle pour permettre aux États de faire face aux chocs externes tout en maintenant les fondements d’une croissance durable. Si le conflit au Moyen-Orient devait se prolonger, les conséquences économiques déjà observées pourraient s’amplifier, tant à l’échelle mondiale que dans l’espace UEMOA. On pourrait assister à un ralentissement plus marqué de la croissance économique, à une nouvelle hausse des prix et à une aggravation des déficits budgétaires. Pour les États membres de l’UEMOA, ces risques sont d’autant plus préoccupants que nos économies doivent déjà faire face à d’autres défis majeurs, notamment la crise sécuritaire et les effets du changement climatique. La persistance des tensions géopolitiques, la fragmentation de l’économie mondiale, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la volatilité des prix de l’énergie et des matières premières pourraient affaiblir davantage l’activité économique. S’y ajoute le risque d’un resserrement des conditions de financement, qui pourrait limiter la marge de manœuvre budgétaire des États. C’est pourquoi il est essentiel de rester particulièrement attentif à l’évolution de la situation internationale, tout en poursuivant les efforts visant à renforcer la résilience de nos économies. Nous espérons également que les initiatives diplomatiques en cours aboutiront à une résolution durable du conflit.