Plus de 1 000 fragments de sculptures gothiques ont été découverts sous le sol du croisement du transept de Notre-Dame de Paris. Cette découverte, annoncée par la DRAC d’Île-de-France le 27 novembre 2024, comprend 650 pièces qui conservent encore leurs couleurs d’origine. Ces fragments appartiennent à un jubé, une structure monumentale qui séparait le chœur, réservé au clergé, de la nef, où se rassemblait les fidèles. Le jubé, construit vers 1230, a été détruit au début du XVIIIe siècle pour s’adapter à l’évolution des pratiques religieuses. La partie séparant le transept du chœur a été retirée sous le règne de Louis XIV. Plutôt que d’être jetées, les sculptures ont été enterrées dans une fosse à l’intérieur même de la cathédrale. Les fouilles, menées sous le croisement du transept, ont couvert une superficie de 120 m² — soit environ la taille d’un grand appartement familial. La DRAC d’Île-de-France avait ordonné cette fouille préventive le 2 octobre 2021, dans le cadre des travaux de restauration après l’incendie d’avril 2019. L’opération, dirigée par Christophe Besnier de l’Inrap, s’est déroulée du 2 février 2022 au 8 avril 2022. Les sculptures ont été retrouvées à environ 40 cm sous le sol, et les archéologues ont identifié une fosse contenant des éléments polychromes issus du vieux jubé. L’évaluation de 2024 souligne que cette fouille s’inscrit dans un ensemble plus large de 22 opérations, à l’intérieur comme à l’extérieur de la cathédrale, menées par l’Inrap dans le cadre de la loi du 19 juillet 2019. Ces opérations incluent 7 diagnostics, 14 fouilles et une prospection géophysique. Les quelque 100 sépultures mentionnées dans l’évaluation font partie de ce projet global et ne sont pas spécifiquement liées au jubé. Si la DRAC indique que 650 des fragments conservent leur polychromie d’origine, l’Inrap précise que plus de 700 des 1 035 fragments sont polychromes. Ces pièces présentent des traces de restaurations, voire de feuilles d’or, mais le décompte exact de 2022 n’est pas disponible. La stabilisation des fragments est une priorité, car la peinture s’était mise à se décoller de la pierre pendant les fouilles. Des spécialistes de la DRAC, de l’Inrap, du C2RMF et du LRMH ont élaboré un protocole de stabilisation, et le processus de restauration des couleurs et de nettoyage des blocs devrait s’achever au printemps 2025. La DRAC a qualifié l’ensemble des fragments de chef-d’œuvre de l’art gothique. Avant 2022, seuls quelques éléments de la statuaire du jubé étaient connus, découverts au XIXe siècle par l’architecte Viollet-le-Duc et aujourd’hui conservés au Louvre. Cette récente découverte élargit considérablement le corpus connu, passant de quelques pièces isolées à plus de 1 000 fragments issus d’une seule fosse. Certaines parties du jubé pourraient encore être enfouies, et le projet de recherche collectif, piloté par Christophe Besnier, vise à éclaircir cette question et à proposer une reconstitution numérique. Le 19 avril 2024, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a visité les fragments au centre post-fouille de l’Inrap, où ils sont actuellement étudiés. Le public a pu voir une trentaine de ces fragments au musée de Cluny à Paris jusqu’au 16 mars 2025. Par ailleurs, un sarcophage anthropomorphe en plomb a été découvert dans la même zone, vraisemblablement destiné à abriter les restes d’un haut dignitaire de l’Église du XIVe siècle. L’étude de ces découvertes, y compris leurs parures, leur ADN, leurs matériaux et leur iconographie, devrait se poursuivre pendant de nombreuses années. La DRAC envisage à terme de créer une reconstitution numérique du jubé, offrant un aperçu de ce que le clergé voyait au XIIIe siècle.