Le président Macron met en avant la dissuasion nucléaire alors que le débat sur l'entrée dans la troisième ère nucléaire s'intensifie, redessinant les équilibres stratégiques mondiaux.
Macron met la dissuasion nucléaire en avant
Le président Emmanuel Macron a souligné l'importance de la dissuasion nucléaire dans la stratégie de défense française lors d'un événement organisé devant le sous-marin Le Téméraire. L'événement s'est déroulé dans un bassin de cale sèche pour sous-marins, où la plateforme semblait presque écrasée par les dimensions du bassin.La mise en scène de l'événement soulève des questions
La mise en scène de l'événement a été décrite comme étant contrôlée, ce qui soulève la question de savoir si le discours de Macron sur Long Island marque l'entrée de la France dans ce que certains analystes appellent le troisième âge nucléaire. Ce terme désigne une nouvelle phase dans l'usage et la perception des armes nucléaires sur la scène mondiale.Les âges nucléaires définis
Le concept d'âges nucléaires sert à diviser l'histoire de la dissuasion nucléaire en périodes distinctes. Le premier âge a commencé avec les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, qui ont marqué l'apparition soudaine des armes nucléaires sur la scène mondiale.Caractéristiques du premier âge nucléaire
Cette période a été marquée par une rivalité entre l'Est et l'Ouest, contenue par la présence d'armes nucléaires, et s'est achevée avec l'effondrement du bloc soviétique et la disparition de l'URSS. Elle a posé les fondements de la stratégie nucléaire moderne et des relations internationales.Le second âge nucléaire, une période de transition
Le second âge nucléaire est souvent considéré comme une période de transition, certains chercheurs le qualifiant d'« interrègne entre les poussées cycliques de rivalité entre grandes puissances » ou de « zone entre deux guerres ». Durant cette période, plusieurs traités visant à limiter les arsenaux et à interdire les essais nucléaires ont été signés.La prolifération durant le second âge
On a assisté à une « prolifération horizontale triple », l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord acquérant des capacités nucléaires. Cette période a également vu un changement dans l'équilibre des pouvoirs et l'émergence de nouveaux États dotés d'armes nucléaires, en dehors des puissances nucléaires traditionnelles.Maintenir la dissuasion avec des arsenaux plus modestes
Pour les États disposant d'arsenaux plus réduits, comme le Royaume-Uni et la France, la question du maintien d'une dissuasion nucléaire efficace demeure une préoccupation. Le général Poirier a déclaré que « la stratégie de dissuasion efficace ne trouve sa raison d'être que dans les incertitudes de l'avenir de l'univers politico-stratégique ».Le troisième âge nucléaire, marqué par un nouveau centre d'intérêt
La transition vers le troisième âge nucléaire se caractérise par la place croissante des armes nucléaires dans l'affirmation de la puissance, comme le souligne la Revue nationale stratégique de 2025. En France, le concept de troisième âge nucléaire a été formulé par Christian Malis en 2014.Scénarios et menaces en évolution
Il a proposé quatre scénarios pour la période 2030-2040, puis a affiné ses arguments pour y intégrer la crise ukrainienne, le chantage nucléaire et la résurgence des armes nucléaires tactiques. Ces scénarios traduisent l'évolution des menaces et des considérations stratégiques dans le domaine nucléaire.Les analystes décrivent le troisième âge
L'amiral Pierre Vandier a décrit le troisième âge nucléaire comme la « poursuite ou la reprise de la diffusion du fait nucléaire », tandis que Thomas Gomart a appelé à un renouvellement de la pensée stratégique française, soulignant que le concept de dissuasion nucléaire française pourrait conduire à des erreurs d'analyse.Le retour de la confrontation entre grandes puissances
Emmanuelle Maitre a décrit le troisième âge nucléaire comme un retour de la confrontation entre grandes puissances, accompagné d'un réinvestissement dans les capacités stratégiques et de l'émergence de nouvelles technologies de missiles et d'antimissiles. Louis Gautier a caractérisé le troisième âge nucléaire comme une combinaison de course aux armements effrénée, de compétition stratégique entre blocs de puissances et d'un relâchement des disciplines de prudence auparavant intériorisées par les États nucléaires.Analyser le troisième âge
Le passage au troisième âge nucléaire s'analyse selon trois dimensions : le durcissement des postures nucléaires, le développement de nouvelles capacités et le niveau opérationnel, incluant les démonstrations de force et l'usage de systèmes à double capacité. Toutefois, les dates utilisées pour définir ces âges sont arbitraires et pourraient ne pas inclure tous les États dotés d'armes nucléaires, en particulier ceux qui suivent des dynamiques différentes.Des opinions divergentes sur les âges nucléaires
Certains chercheurs, comme Colin S. Gray, ont proposé des dates variables pour le premier âge nucléaire, allant de 1945-1989 à 1947-1991. François Géré note que l'érosion du concept de dissuasion entre les deux grandes puissances a commencé dès 1986.La réponse tardive de la France
La perception et la réponse de la France à ces changements auraient pu intervenir avec un retard de cinq ans par rapport à d'autres pays. Le président Mitterrand a reconnu en 1991 l'absence d'ennemi malgré la présence d'armes nucléaires, et le président Chirac a annoncé en 1996 la fin de certains éléments de l'arsenal nucléaire.