La tour de Saint-Émilion posée sur du vide

Le clocher monolithique de l'église de Saint-Émilion, en Gironde, élevé par les habitants à la fin du XVe siècle, repose sur du vide, selon la Juridiction de Saint-Émilion. Ce clocher roman n'avait pas été conçu pour supporter un tel poids, et ce sont quatre piliers de l'église qui portent l'essentiel de la charge.

Dimensions de l'église et histoire

La nef de l'église, taillée de haut en bas vers l'an 1100, mesure 38 mètres de long et 12 mètres de haut, ce qui en fait la plus grande église monolithe d'Europe. Le nom du site vient d'Émilion, un moine breton qui s'installa en ermite dans une grotte de la colline au VIIIe siècle.

Évolution du clocher

Le clocher roman d'origine restait modeste, avec de nombreuses arcades, loin du monument que l'on voit aujourd'hui depuis la place. À la fin du XVe siècle, il fut surélevé dans le style gothique flamboyant. Le calcaire sous-jacent n'a pas changé : ce sont les mêmes piliers, taillés quatre siècles plus tôt, qui reçoivent la charge supplémentaire.

Poids et inquiétudes structurelles

Selon le World Monuments Fund, le clocher de 53 mètres pèse environ 3 000 tonnes. Cela équivaut à peu près au poids de 2 000 voitures particulières, reposant sur des piliers taillés dans le calcaire. Cette masse s'est déplacée à la fin du XXe siècle, suscitant des craintes d'effondrement. Depuis 1990, des piliers de soutien en béton armé maintiennent la structure.

Protections historiques et efforts de conservation

L'église est classée monument historique depuis 1886, et son clocher depuis 1907. Ces protections ont précédé de plus d'un siècle l'alerte de 1996. La Juridiction de Saint-Émilion, qui comprend l'église, a par la suite été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999.

Travaux de renforcement en cours

À la fin de l'année 2000, la première phase de travaux, d'un coût de 910 000 euros (6 millions de francs), a permis d'installer des renforts métalliques. Ces travaux faisaient suite à des études commandées par la conservation régionale des monuments historiques à Antéa. Lors d'une journée technique tenue le 20 mai 2016, il a été indiqué que les piliers présentaient des signes de faiblesse dus à la surcharge du clocher. Les travaux se poursuivaient, d'autres étaient à venir, sur les quatre piliers porteurs.