Une étude publiée en septembre dans la revue Journal of Anatomy et relayée par New Scientist suggère que le port de chaussures pourrait influencer la structure interne des os de la cheville. Les chercheurs ont observé que les personnes portant régulièrement des chaussures présentent de légères modifications dans le réseau spongieux à l’intérieur de leurs os de la cheville. L’étude a comparé les données de cinquante-six adultes américains décédés après l’an 2000 avec celles de seize individus issus de populations habituées à marcher pieds nus, comme celles des îles Andaman ou de certaines régions d’Afrique. Les résultats révèlent que les personnes qui ne portent pas de chaussures ont une densité osseuse trabéculaire plus élevée à l’avant de la cheville, avec des structures spongieuses s’étendant dans davantage de directions. À l’inverse, celles qui portent régulièrement des chaussures présentent un volume plus important de tissu osseux trabéculaire à l’intérieur et à l’arrière du pied. Cela pourrait indiquer que les chaussures déplacent le poids vers la partie interne de la cheville et maintiennent le pied dans une position plus étendue. Cette recherche, dirigée par des scientifiques dont Thomas Püschel, anthropologue à l’Université d’Oxford, remet en question certaines idées reçues sur l’évolution de la marche humaine. Zewdi Tsegai, biologiste à l’Université de Chicago, souligne que l’étude des personnes marchant pieds nus offre une « fenêtre sur le passé », permettant aux scientifiques de mieux comprendre comment nos ancêtres se déplaçaient. Les travaux mettent en lumière le fait que l’os trabéculaire, un type de tissu osseux spongieux composé de couches et de petites cavités, se modifie tout au long de la vie et peut fournir des indices sur la manière dont les humains anciens utilisaient leurs pieds et leurs jambes. L’étude souligne également que l’usage répandu des chaussures dans les sociétés modernes et industrialisées pourrait rendre plus difficile la comparaison entre les humains d’aujourd’hui et les fossiles anciens. Les chercheurs relèvent par ailleurs que les chaussures pointues du Moyen Âge étaient inconfortables, et que les squelettes datant de plusieurs siècles révèlent les dommages causés par ce type de chaussures. Ces observations indiquent que la conception et l’utilisation des chaussures ont eu des effets durables sur l’anatomie humaine, influençant non seulement le confort, mais aussi la structure des os au fil du temps.