Les habitants de Lacq rejettent les projets de biocarburants, dénonçant le pillage des ressources en pleine sécheresse et incendies, tandis que les élus critiquent la surexploitation de l'eau et du bois.
Des projets de biocarburants se heurtent à l'opposition locale
Dans le bassin industriel de Lacq, dans le département des Pyrénées-Atlantiques, deux projets de production de biocarburants suscitent une opposition croissante parmi la population locale et les élus. Après une canicule estivale historique, des incendies de forêt et un automne marqué par des risques de pénurie d'eau, les habitants dénoncent un « pillage des ressources » en bois et en eau.Les projets reposent sur le bois et le soutien de l'État
Le premier de ces projets vise à produire du bioéthanol, tandis que le second se concentre sur les biocarburants pour l'aviation. Dans les deux cas, le bois constitue la majeure partie de la matière première. Ces deux projets bénéficient du soutien de l'État. Le 9 juin 2026, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a autorisé le projet NACRE. Moins d'un mois plus tard, le 6 juillet, le projet E-CHO a été déclaré d'« intérêt national majeur ».Élus locaux et citoyens se mobilisent
Plus de 1 000 personnes se sont rassemblées samedi 10 octobre devant la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, à Pau, à l'appel du collectif Forêts Vivantes Pyrénées, qui regroupe 78 organisations. L'objectif était d'interpeller l'État et de défendre les ressources du territoire, en particulier l'eau, face aux projets NACRE et E-CHO.Une opposition locale largement répandue
À ce jour, 202 communes, soit 37 % de celles du département des Pyrénées-Atlantiques, ont déjà adopté des motions contre ces projets. « D'autres y réfléchissent », a assuré Louis Benoit-Gracia, qui constate une hausse de l'opposition dans le Béarn. Au Pays basque, l'opposition est forte depuis l'annonce du projet E-CHO. La Communauté d'Agglomération Pays Basque (CAPB) s'y est officiellement opposée, en adoptant le 29 mars 2025 une motion « contre la récolte de biomasse de la forêt basque ».Préoccupations environnementales et liées à l'eau
Les inquiétudes des élus portent sur les volumes d'eau prélevés, le rejet d'eau dans le gave à une température plus élevée que celle de l'eau entrant dans l'usine, et l'impact global du projet sur l'environnement, en particulier pendant les périodes de faible débit. « Les élus du Pays basque s'opposent au pillage de la ressource bois, qui est importante pour l'économie et pour l'identité du Pays basque », explique Jacques Descargues, ancien secrétaire général de l'Office national des forêts (ONF) et membre de Forêts Vivantes Pyrénées et du CADE.Arbitrages entre économie et environnement
« Nous, Béarnais, avons pris un peu plus de temps », confirme Louis Benoit-Gracia, « mais les choses changent. Sur le plan politique, nous nous sommes un peu regardés en chiens de faïence : on nous annonçait 200 emplois directs créés par le projet E-CHO. Mais à quel prix faut-il créer des emplois ? Pendant ce temps, dans le Haut-Béarn, un hôpital ferme des lits et les écoles subissent des suppressions de postes. »Usage de l'eau et risques climatiques
Ces deux projets industriels exerceraient une pression importante sur les ressources forestières du territoire, mais aussi sur ses ressources en eau, déjà fragilisées par les sécheresses. « Le projet E-CHO va à l'encontre de l'épisode climatique que nous vivons », souligne Louis Benoit-Gracia. « Nous connaissons une sécheresse sans précédent depuis le mois de mai, et l'on vient puiser dans notre forêt et nos ressources en eau ! » Ces projets mobiliseraient en effet de grands volumes d'eau : environ 400 000 mètres cubes par an pour NACRE et en moyenne 2,2 millions de mètres cubes par an pour E-CHO, selon les estimations les plus récentes d'Elyse Energy, l'entreprise à l'origine du projet, avec un maximum annoncé de 3,1 millions de mètres cubes.Écosystèmes forestiers et régulation de l'eau
Au-delà des prélèvements directs, ces projets sont aussi critiqués pour leurs effets sur les écosystèmes forestiers, qui jouent un rôle essentiel dans la régulation des ressources en eau. « Les forêts ont un rôle de régulation dans le cycle de l'eau », rappelle Jacques Descargues. « Par leur évapotranspiration et parce qu'elles permettent à l'eau de s'infiltrer dans le sol. » Interrogée par La Relève et La Peste en février 2025, la PME Elyse-Energy a confirmé que 14 000 hectares de forêts devraient être coupés au cours des cinq premières années pour alimenter les usines.