Présence de PFAS dans les œufs de poules élevées en fond de jardin en France

Une enquête de la cellule investigation de Radio France et du réseau ICI révèle qu'une part importante des œufs provenant de poulaillers de fond de jardin en France contient des PFAS, ou substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, surnommées « polluants éternels ». Sur 91 œufs analysés par le réseau ICI et le laboratoire Labocéa, 57 % contiennent des PFAS, et 23 échantillons dépassent les seuils réglementaires européens.

Source de la contamination identifiée

La contamination survient lorsque les poules grattent des sols pollués par des usines chimiques, des mousses anti-incendie, des aéroports, des incinérateurs ou des stations d'épuration. Ces substances chimiques, connues pour leur persistance dans l'environnement, s'accumulent dans les sols depuis des décennies à cause des activités industrielles et d'autres pratiques humaines.

Alertes sanitaires émises dans la région parisienne

Depuis 2023, l'Agence régionale de santé d'Île-de-France recommande d'éviter les œufs de poulaillers de fond de jardin dans 410 communes, en particulier pour les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes. L'enquête a mobilisé 44 rédactions locales du réseau ICI, qui ont collecté les œufs de poules élevées en plein air entre février et juin 2026.

Niveaux élevés de PFAS dans certains échantillons

Les résultats montrent que 52 des 91 œufs testés contiennent des PFAS, dont deux échantillons présentant des niveaux extrêmement élevés, l'un dans les Ardennes et l'autre dans le Rhône. Un échantillon provenant d'un poulailler familial à Haraucourt, dans les Ardennes, atteint 40,1 microgrammes par kilogramme pour la somme de quatre PFAS recherchés, tandis qu'un échantillon de Pierre-Bénite, dans le Rhône, atteint 16,3 microgrammes par kilogramme, soit environ dix fois la norme autorisée.

Réglementation européenne sur les PFAS dans l'alimentation

La limite européenne pour les œufs commercialisés est fixée à 1,7 microgramme par kilogramme pour la somme du PFOS, du PFOA, du PFNA et du PFHxS, avec au maximum 1 microgramme par kilogramme pour le seul PFOS. Ces limites visent à protéger la santé publique contre les risques potentiels liés à l'exposition à ces substances persistantes.

Une étude qui n'est pas un avertissement général

Les auteurs de l'enquête soulignent que les 91 échantillons ne représentent pas l'ensemble de la production française d'œufs et que ces résultats ne constituent pas une alerte généralisée, mais un signal à prendre au sérieux, en particulier dans les zones les plus exposées. La recommandation de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France d'éviter la consommation d'œufs de poulaillers de fond de jardin dans l'agglomération parisienne concerne principalement les enfants, les femmes enceintes et les femmes allaitantes.

Des sols pollués qui affectent l'alimentation locale

Des sols contaminés pendant des décennies par les activités industrielles sont à l'origine de la présence de PFAS dans les œufs de poules. Les volailles se contaminent en grattant le sol, en picorant des insectes présents dans la terre imprégnée de PFAS, et parfois en buvant l'eau de puits pollués.

Étude de cas à Saint-Symphorien-d'Ozon

Le cas de Saint-Symphorien-d'Ozon, dans le Rhône, illustre ce phénomène. La commune, située en aval d'un couloir chimique tristement célèbre, fait l'objet d'investigations depuis 2022. Cette enquête sur les œufs prolonge une étude menée en septembre 2024 sur l'eau du robinet, qui avait déjà révélé la présence de PFAS dans 43 % des 89 communes testées.

Mieux informer et adapter ses habitudes

L'enquête invite à repenser la gestion des sols pollués et encourage à adapter ses habitudes en fonction de la zone où l'on vit. Les résultats laissent peu de place au doute et mettent en lumière la discrétion avec laquelle ces polluants éternels circulent dans notre quotidien.