Une digue soviétique censée contrôler la hausse de la mer Caspienne a engendré un désert de sel et un chaos environnemental, révélant les risques des interventions hydrologiques à grande échelle.
Une digue soviétique modifie la dynamique de la mer Caspienne
En 1980, l'URSS a construit une digue pour faire face à la hausse du niveau de la mer Caspienne, en coupant le golfe de Kara-Bogaz-Gol, une baie peu profonde située sur la côte turkmène. Ce golfe devait jouer le rôle d'une soupape naturelle : il puisait l'eau de la mer et la restituait à l'atmosphère par évaporation, ce qui devait faire baisser le niveau de la mer.Un assèchement inattendu du golfe
On estimait que la digue mettrait environ 25 ans à assécher le golfe, mais le processus s'est achevé en seulement trois ans, laissant derrière lui un désert de sel couvrant 18 000 km². Cela s'explique par le fait que le niveau de la mer Caspienne avait déjà augmenté pendant trois ans avant la fermeture du golfe, ce qui a modifié l'équilibre hydrologique attendu.Les conséquences environnementales de la digue
L'assèchement rapide du golfe a provoqué de graves effets environnementaux, notamment des tempêtes de sel qui dispersent de fines particules sur de vastes zones, dégradant la qualité des sols et affectant les cultures. En 1992, après l'effondrement de l'URSS et l'indépendance du Turkménistan, la digue a été détruite afin de rétablir la connexion du golfe avec la mer Caspienne et d'atténuer les dégâts.La mer Caspienne continue de rétrécir
Depuis 1996, la mer Caspienne perd de sa superficie, avec plus de 23 000 km² perdus, selon une étude publiée dans la revue Earth's Future. Ce recul est principalement dû à la baisse des apports fluviaux, en particulier de la Volga, l'évaporation jouant un rôle moindre.Projections futures et leçons à tirer
Des projections publiées dans Nature suggèrent que le niveau de la mer Caspienne pourrait baisser de 18 mètres d'ici 2100, ce qui assécherait potentiellement de façon permanente le golfe de Kara-Bogaz-Gol et exposerait des plateaux aujourd'hui submergés. Les scientifiques insistent sur l'importance de comprendre les systèmes hydrologiques complexes, et citent la digue comme un exemple édifiant des conséquences environnementales imprévues que peuvent avoir les interventions humaines à grande échelle.