Sanctions et flux énergétiques

Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, l'Union européenne a adopté de nombreuses sanctions visant à affaiblir l'économie russe. Pourtant, les hydrocarbures russes continuent d'affluer en Europe. Moscou affirme avoir livré plus de 320 milliards de dollars de pétrole, de gaz et de produits dérivés aux États membres de l'UE depuis cette date.

Un responsable russe confirme les chiffres

Alexandre Novak, vice-Premier ministre russe chargé de l'énergie, a précisé le 12 octobre 2026 que 320,7 milliards de dollars d'hydrocarbures avaient été livrés à l'Europe depuis 2022. « Malgré les restrictions, nous continuons à fournir des ressources énergétiques grâce à certaines exemptions », a-t-il déclaré à la télévision russe. Pour les neuf premiers mois de 2026, les achats européens auraient atteint 21,3 milliards de dollars, soit environ 19 milliards d'euros.

L'UE conteste les chiffres russes

Bruxelles a rapidement contesté ces chiffres. Selon la Commission européenne, l'UE aurait dépensé environ 197 milliards d'euros, soit 209 milliards de dollars, jusqu'en juillet 2026. Cet écart de plus de 110 milliards de dollars soulève des questions sur les méthodes de calcul utilisées et sur les flux indirects d'hydrocarbures russes.

Importations directes limitées depuis la Russie

Si les sanctions ont réduit la dépendance énergétique de l'UE à l'égard de la Russie, elles n'ont pas totalement mis fin aux importations. Aujourd'hui, seulement 2 % du pétrole importé en Europe provient directement de Russie, via des oléoducs à destination de la Hongrie et de la Slovaquie, qui bénéficient d'une exemption explicite. Pour le gaz, environ 12 % des importations européennes proviennent encore de Russie, contre 45 % avant l'invasion.

Le point de vue d'un expert sur la dépendance énergétique

Thierry Bros, expert en énergie, observe : « Nous étions trop dépendants du gaz russe, notamment à cause de l'Allemagne, qui avait choisi cette dépendance. En sortir est compliqué et prendra plusieurs années. » Toutefois, les chiffres officiels ne rendent pas compte de l'ampleur réelle des flux. Moscou n'inclut pas les hydrocarbures russes transformés dans des pays tiers comme l'Inde, la Turquie ou la Chine, puis réexportés vers l'Europe sous une origine apparente différente, ce qui rend leur traçabilité difficile.

Les difficultés de suivi des flux d'hydrocarbures

« Lorsqu'un produit quitte la Russie, transite par un autre pays, y est transformé, puis revient sur le marché européen, il devient difficile de déterminer son origine exacte », explique Maria Demertzis, économiste à l'Institut universitaire européen. Ces flux échappent aux statistiques officielles et augmentent probablement les montants versés indirectement à Moscou.

Une vulnérabilité énergétique persistante

Malgré les efforts de diversification, la vulnérabilité énergétique de l'Europe persiste. L'UE tire désormais 31 % de son gaz de Norvège et 26 % des États-Unis, mais la transition n'est pas achevée. Les stocks européens de gaz sont actuellement inférieurs au niveau attendu, ce qui réduit la capacité de l'UE à absorber de nouvelles sanctions ou à faire face à un hiver rigoureux.

Inquiétudes sur les réserves de gaz

Maria Demertzis note : « Les réserves de gaz sont cette année inférieures à celles de l'an dernier, ce qui signifie que l'Europe aborde l'hiver avec une marge de sécurité moindre. » Les tensions sur les prix du pétrole et du gaz reflètent une situation énergétique mondiale fragile.

Embargo européen sur les importations de gaz

L'UE a décidé un embargo total sur les importations de gaz russe, effectif à compter du 30 septembre 2027. D'ici là, les contrats à long terme de GNL restent autorisés, tandis que les contrats à court terme sont interdits depuis le dernier train de sanctions. Patrice Geoffron, professeur d'économie, explique : « Ce sera coûteux et compliqué, selon les conditions hivernales. Mais les enjeux dépassent l'économie : il s'agit aussi d'une question de sécurité collective. »

Critiques de la stratégie européenne

La ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a critiqué l'UE pour une incohérence stratégique lors d'une réunion à Luxembourg. « Nous achetons davantage de produits russes que nous n'aidons l'Ukraine », a-t-elle déclaré. Elle suggère d'utiliser les avoirs russes gelés dans l'UE pour accroître le soutien à l'Ukraine, une proposition controversée par crainte de représailles de la part de Moscou. Les chiffres russes ont également alimenté les critiques américaines.

Les stratégies de contournement de la Russie

Pour contourner les sanctions, la Russie utilise une « flotte fantôme » de pétroliers vieillissants, souvent non assurés, battant pavillons de complaisance. Ces navires permettent à Moscou de poursuivre ses exportations à prix réduits, notamment vers l'Asie, en échappant aux contrôles. L'interception d'un pétrolier soupçonné par la marine française près de La Réunion illustre la difficulté de mettre un terme à ce trafic.

Incident impliquant un pétrolier russe soupçonné

Emmanuel Macron a déclaré que le navire DF Peak est soupçonné de naviguer sous un faux pavillon et d'être impliqué dans un trafic de carburant. Moscou a dénoncé une « violation flagrante du droit international » et de la « piraterie ». L'ambassade de Russie en France vérifie la présence de ressortissants russes parmi l'équipage.

Une transition énergétique progressive

L'indépendance énergétique de l'Europe vis-à-vis de la Russie prendra du temps. Les infrastructures gazières, les contrats à long terme et les besoins immédiats imposent une transition progressive. Charlotte de Montpellier, économiste chez ING, souligne que l'Europe ne produit pas son gaz et son pétrole, contrairement aux États-Unis.

Le rôle de l'UE dans l'effort de guerre russe

Pourtant, les achats d'hydrocarbures russes soutiennent indirectement l'effort de guerre de Moscou. « Ces hydrocarbures, vendus par des entreprises russes liées aux autorités, contribuent au budget de l'État russe. Dire que nous finançons la guerre est réducteur, mais nous dépendons de ressources étrangères », précise Charlotte de Montpellier.

Baisse du soutien de l'UE à l'effort de guerre russe

Elle souligne qu'en raison des sanctions, la contribution de l'UE à l'effort de guerre russe a diminué. La baisse des importations de gaz russe, passées de 45 % à 12 %, témoigne d'une volonté politique, bien que jugée insuffisante par certains États membres et par l'Ukraine.