La construction d’un ouvrage en béton destiné à protéger les habitants des inondations en Bretagne a eu des conséquences environnementales majeures sur l’estuaire de la Vilaine. Le barrage d’Arzal, édifié entre les communes d’Arzal et de Camoël, dans le Morbihan, et mis en service en 1970, avait pour but de protéger les quartiers de la ville de Redon contre les crues récurrentes et d’alimenter en eau douce les villes de Rennes, Saint-Nazaire et Auray. Techniquement, le barrage a rempli ses fonctions premières avec succès, mais il a aussi modifié la circulation des sédiments et des eaux dans l’estuaire. Avant sa construction, les courants remettaient en suspension les sédiments, qui pouvaient se déposer jusqu’à 50 kilomètres en amont de l’embouchure. Le mouvement des marées assurait une dispersion naturelle des sédiments sur une vaste zone. Depuis 1970, ce mécanisme a été perturbé : le barrage a considérablement ralenti la vitesse des courants et concentré les dépôts de vase sur une zone bien plus réduite, limitée à environ 8 kilomètres. Les estimations de l’ensablement varient : un document technique évoque environ 22 millions de mètres cubes de sédiments, tandis qu’une évaluation plus récente de l’EPTB Eaux et Vilaine avance le chiffre de 30 millions de mètres cubes. L’accumulation de vase a entraîné des conséquences écologiques, comme l’anoxie des eaux profondes, responsable d’une mortalité massive de poissons observée en 1982. Cet épisode a déclenché une étude approfondie par l’Ifremer, qui a directement imputé ce phénomène à la présence du barrage. La pêche à l’anguille a fortement décliné, les prises étant passées de plus de 200 tonnes en 1979 à seulement 18 tonnes en 1998. L’écosystème fluvial a été profondément modifié : les anguilles ont presque disparu de la zone, tandis que des espèces d’eau douce remplacent progressivement celles qui caractérisaient autrefois un fleuve marqué par l’influence maritime. Pour tenter de limiter l’ensablement continu, les gestionnaires du site ont organisé des opérations de dragage. En 2006, Eaux et Vilaine a mis en service un dragueur nommé Rochevilaine, conçu pour réaliser des campagnes de dragage principalement en hiver. Ces interventions permettent de contenir le phénomène, mais ne résolvent pas le problème à la racine, car l’ensablement se reconstitue chaque année tant que le barrage reste en place. Le barrage d’Arzal a rendu d’immenses services en matière de gestion de l’eau douce, mais il a aussi créé un défi environnemental permanent que la Bretagne devra gérer sur le long terme.