Dans son avant-dernier livre, De la terre des pleurs un grand vent s'éleva, Jane Sautière écrivait : « Il y a toujours un cosmos autour de nous auquel notre présence, si légère soit-elle, si ridiculement petite face à la violence du monde, si diminuée par le chagrin de l’autre, participe malgré tout à un avenir par le simple fait d’exister, à condition de disposer de ces éclats, de ces étincelles, de ces rayons de soleil dont j’espère fixer quelques fragments. » Publié aux éditions Quidam, l’ouvrage compte 62 pages et coûte 10 €. Depuis son premier livre, Fragmentation d’un lieu commun, Jane Sautière montre une attention constante à la vie, surtout lorsqu’elle est menacée, comme si cette préoccupation était un trait marquant de son travail. Son écriture révèle souvent des aspects de l’existence que les lecteurs pourraient autrement négliger. Même lorsqu’elle décrit des situations qui pourraient paraître tragiques, elle « appelle et exige la vie » en même temps, mettant en lumière des moments d’espoir et de résilience. Cette dualité se retrouve dans De la terre des pleurs un grand vent s’éleva, où les thèmes de la survie et du lien humain occupent une place centrale. L’ouvrage s’ouvre sur une réflexion concernant la présence des exilés en Europe, et plus particulièrement à Paris, ville décrite comme riche mais pas forcément accueillante envers ceux qui ont besoin d’aide. Sautière reconnaît que la situation pourrait être pire ailleurs, mais choisit de parler à partir de ses propres observations. Elle évoque son implication dans la distribution de petits déjeuners aux réfugiés du 19e arrondissement de Paris, un projet lancé par des habitants en 2016. Au fil des années, cette initiative s’est développée, et des bénévoles servent désormais régulièrement des repas à des personnes exilées, souvent dans la rue, confrontées à la peur et à la faim. Ces gestes simples – offrir du pain, du thé et un moment de connexion humaine – donnent de la visibilité à ceux que la société ignore souvent. Sautière partage les histoires de personnes comme Karim, Nur, Madhiha et son bébé de dix mois, Saare, leur donnant des noms et des visages qui, sans cela, pourraient se perdre. Elle évoque aussi leurs décès, souvent passés sous silence dans le débat public. À une époque où les institutions publiques semblent résister aux efforts visant à soutenir les personnes dans le besoin, les bénévoles continuent d’agir, portés par une humanité discrète mais puissante. Sautière elle-même réfléchit à son expérience en tant qu’ancienne exilée, ayant vu le jour en Iran et été accueillie dans un autre pays. Elle estime que naître en un lieu crée un lien automatique avec cette terre et ses habitants, une sorte de dette qui nous rattache au monde qui nous entoure. Au-delà des débats politiques et moraux, Sautière revient au cœur de la condition humaine, soulignant notre origine commune et la responsabilité qui accompagne l’accueil dans ce monde. Son écriture touche au sacré, mettant en lumière la force de ceux qui persistent face à l’adversité. Madhiha, réfugiée ayant subi la torture et le viol en Libye tout en continuant à aimer son enfant, en est un exemple. Son histoire, comme d’autres, rappelle aux lecteurs que même dans les moments les plus sombres, une lueur persiste. Le texte de Sautière, composé de touches petites et délibérées, laisse de l’espace à la réflexion et à la respiration, perçant le cœur tout en encourageant un lien avec les vérités essentielles de l’humanité.