Le drapeau vert et blanc marqué d’un croissant et d’une étoile rouges est devenu un symbole puissant au sein du mouvement nationaliste algérien, dont les racines remontent à l’Étoile Nord-Africaine (ENA), une organisation fondée à Paris en 1926. L’ENA rassemblait à l’origine des travailleurs migrants nord-africains avant de se concentrer sur l’indépendance de l’Algérie. Le groupe fut d’abord dirigé par Abdelkader Hadj Ali, mais Messali Hadj, figure majeure du nationalisme algérien, en prit rapidement la tête. Sa longue lutte pour l’indépendance inclut des années d’emprisonnement et de surveillance. Le centenaire de l’ENA en 2026 a donné lieu à plusieurs événements en Algérie, dont une conférence à Oran organisée par le Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC), qui a mis en lumière le rôle complexe de Paris dans le mouvement d’indépendance algérien. Les origines exactes du drapeau algérien restent sujettes à débat. Si l’Étoile Nord-Africaine a joué un rôle majeur dans la popularisation de l’emblème, certains de ses éléments sont apparus avant même la création de l’organisation. Des historiens comme René Gallissot et Anissa Bouayed estiment que le drapeau était utilisé lors de manifestations syndicales algériennes en France et en Algérie dès 1919 et 1920. À l’époque, le design du drapeau n’était pas encore standardisé, avec des variations dans l’agencement des couleurs, du croissant et de l’étoile. Le politologue Salim Chena a exploré cette histoire dans un article de 2024 intitulé Un siècle de vexillologie : les trois âges du drapeau algérien, publié dans la revue Sociétés & Représentations. Un moment clé survint en août 1934, lorsque l’Étoile Nord-Africaine présenta officiellement le drapeau vert et blanc à croissant et étoile rouges. Ce design s’imposa davantage après la création du Parti du Peuple Algérien (PPA) en 1937. Selon l’écrivain algérien Achour Cheurfi, le PPA aurait formé un comité vers 1944 pour finaliser le design du drapeau. Émilie Busquant, une Française née en 1901 à Neuves-Maisons, est étroitement liée à l’histoire du drapeau. Elle rencontra Messali Hadj à Paris et partagea ses idéaux politiques. Plusieurs sources suggèrent qu’elle aurait cousu la première version du drapeau présentée en 1934. L’historien Benjamin Stora note que les couleurs furent choisies lors d’une réunion de l’ENA en 1934 au domicile de Hocine Benachenhou, et qu’Émilie Busquant fut chargée de le créer. Si l’origine des symboles du drapeau reste débattue, certains chercheurs estiment qu’ils s’inspirent de designs antérieurs ou du travail collectif des membres du PPA. Émilie Busquant resta une proche compagne de Messali Hadj jusqu’à sa mort en 1953. Longtemps oubliée, elle est aujourd’hui reconnue pour son rôle dans la lutte anticoloniale. En 2003, sa ville natale lui a rendu hommage en apposant une plaque commémorative à son nom. Le 8 mai 1945, alors que l’Europe célébrait la fin de la Seconde Guerre mondiale, des Algériens manifestèrent à Sétif contre le colonialisme français. Lors des protestations, Bouzid Saâl, âgé de 26 ans, fut abattu alors qu’il portait le drapeau algérien, devenant l’une des premières victimes des massacres de Sétif. En 2021, l’ambassadeur de France en Algérie a déposé une gerbe sur un monument dédié à Saâl à la demande du président Emmanuel Macron. Le Front de Libération Nationale (FLN), qui mena la guerre d’indépendance, adopta plus tard le drapeau comme emblème. À partir de 1958, il fut également utilisé par le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA). Le 5 juillet 1962, deux jours après la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie par la France, l’Armée de Libération Nationale hissa le drapeau à Sidi Fredj, lieu du premier débarquement français en Algérie en 1830. La loi n° 63-145 de 1963 officialisa le design du drapeau, précisant les proportions du rectangle, la position du croissant et de l’étoile rouges, ainsi que la répartition du vert et du blanc. Pour les Algériens vivant en France, le drapeau national est devenu un symbole de fierté collective et d’identité. Il est largement arboré lors d’événements majeurs, comme les succès de l’équipe nationale de football. En 2014, lors de la qualification de l’équipe en quart de finale de la Coupe du monde, des célébrations ont éclaté dans les villes françaises. À Nice, le maire de l’époque, Christian Estrosi, avait alors promulgué une ordonnance interdisant l’affichage ostentatoire de drapeaux étrangers dans le centre-ville, mais un tribunal administratif a suspendu cette mesure sous la pression de la Ligue des Droits de l’Homme. Le drapeau a également été utilisé lors de manifestations politiques de la diaspora algérienne en France, bien qu’aucune interdiction générale n’existe concernant l’affichage de drapeaux étrangers dans l’espace public. En 2011, un projet de loi visant à restreindre l’usage des drapeaux étrangers avait été déposé, mais il n’a jamais abouti. Un siècle après la fondation de l’Étoile Nord-Africaine, le drapeau algérien continue de susciter des débats, notamment en France. En 2026, l’Union Franco-Algérienne de Normandie (UFAN) a appelé les familles à ne pas l’utiliser lors de manifestations scolaires, estimant qu’il devait être réservé aux moments de fierté et d’unité. Toutefois, ce point de vue ne reflète pas l’ensemble de la diaspora algérienne en France. Sur TikTok, une influenceuse franco-algérienne de Toulouse a exprimé l’idée derrière la position de l’UFAN : « Ce drapeau n’a pas été fait pour des choses négatives. »