Les glaciers alpins atteignent des niveaux de fonte record

Les Alpes connaissent des changements environnementaux sans précédent, avec une fonte record des glaciers, une multiplication des chutes de pierres, ainsi que de fortes sécheresses et des incendies de forêt en haute altitude. Le réseau Regard d'Altitude, suivi par les géographes Jacques Mourey et Mathieu Le Touze, met en lumière la transformation du terrain ainsi que les défis que le changement climatique pose aux communautés alpines et aux régions de montagne.

La Mer de Glace bat un nouveau record de fonte

La Mer de Glace, célèbre glacier des Alpes, a connu en 2026 son niveau de fonte le plus élevé. Malgré le retour du froid et des précipitations, les effets des vagues de chaleur répétées n'ont pas été atténués. L'Europe de l'Ouest vient de connaître son été le plus chaud jamais enregistré, et les conséquences pour les massifs alpins continuent de se faire sentir.

Les glaciers suisses et français subissent de lourdes pertes

En Suisse, les glaciers ont connu leur deuxième pire année de fonte après 2022, perdant 5,5 % de leur volume en 2026. De même, en France, 2026 se classe au deuxième rang des pires années pour la fonte des glaciers, derrière 2022. La Mer de Glace symbolise la disparition rapide des glaciers dans la région.

Les chutes de pierres se multiplient fortement dans les Alpes

Mathieu Le Touze a signalé une forte hausse des chutes de pierres en montagne cet été, avec 119 événements recensés entre le 1er mai et le 30 septembre. Ce chiffre est presque le double de celui de 2025 et de 2024. Parmi les événements figurent des incendies dans des secteurs comme L'Argentière-la-Bessée et Pralognan-la-Vanoise, ce qui soulève des inquiétudes quant à l'impact du climat méditerranéen sur les régions alpines.

Les futures chutes de pierres pourraient être plus graves

Avec le retour du froid et de la neige, les chutes de pierres pourraient devenir moins fréquentes mais plus graves, les ruptures plus profondes libérant de plus grands volumes de roche instables. Jacques Mourey a averti qu'à la fin du siècle, les glaciers pourraient ne subsister qu'au sommet du mont Blanc ou dans le massif des Écrins, les autres massifs connaissant une déglaciation généralisée.

Certains itinéraires de montagne deviennent inaccessibles

Jacques Mourey a noté qu'un quart des 100 plus belles voies du massif du Mont-Blanc, selon le classement de Gaston Rebuffat, ne sont plus accessibles aujourd'hui. Mathieu Le Touze s'est demandé si les chaînes de haute montagne pourraient devenir totalement inaccessibles dans les années à venir, estimant qu'il pourrait être complexe de s'adapter sans changer notre rapport à la montagne.

Les glaciers perdent une épaisseur considérable

La Mer de Glace a perdu l'équivalent de 3,6 mètres d'épaisseur, le glacier de Tré-la-Tête 3,5 mètres, et le glacier Blanc 1,5 mètre. Jacques Mourey a souligné qu'il faudrait une nouvelle période glaciaire pour que la glace se reforme, ce qui rend la fonte définitive à l'échelle humaine.

Incertitude sur le maintien de la glace à l'avenir

Selon certains modèles, à la fin du siècle, seul le sommet du mont Blanc ou le massif des Écrins pourraient encore conserver de la glace, les autres massifs connaissant une déglaciation généralisée. Mathieu Le Touze a déploré la disparition potentiellement rapide de glaciers emblématiques, notant que la Mer de Glace pourrait perdre entre 70 % et 100 % de son volume actuel d'ici 2100.

La déglaciation crée de nouveaux risques

Mathieu Le Touze a averti que la déglaciation laisse derrière elle des matériaux glaciaires et morainiques instables, susceptibles d'être mobilisés lors d'événements météorologiques extrêmes, comme cela a été observé au Népal. Il a noté que le système évolue vers une accentuation de la disponibilité des matériaux plutôt que vers une stabilisation.

L'agriculture alpine face aux problèmes d'eau

Le secteur agricole est lui aussi touché par le changement climatique, certains alpages connaissant des pénuries d'eau pendant l'été. Dans les Préalpes fribourgeoises, de nombreux alpages ont atteint les limites de leurs réserves d'eau, certains nécessitant un approvisionnement par hélicoptère.

Une réduction urgente des émissions

Jacques Mourey a souligné que la réduction des émissions de gaz à effet de serre est le seul moyen de limiter les dégâts, insistant sur l'urgence d'adapter les territoires qui subissent déjà les conséquences tangibles du changement climatique.