En septembre, le glaciologue Matthias Huss a retiré une perche de mesure du glacier du Scex Rouge, situé à près de 3 000 mètres d’altitude. Il a estimé que ce glacier n’a plus que dix à quinze ans devant lui. Le réseau Glamos, qu’il dirige, a publié un rapport le 1er octobre indiquant que les glaciers suisses ont perdu 5,5 % de leur volume cette année, le deuxième pire résultat après 2022. Depuis 2021, près d’un cinquième de la glace a disparu. L’hiver a été l’un des dix moins enneigés depuis le début des mesures, et l’été a battu des records de chaleur en Suisse, avec un écart de température de 3,4 °C enregistré par MétéoSuisse. Les vagues de chaleur de juin ont fait disparaître la couverture neigeuse protectrice, même en haute altitude.
Entre juillet et septembre, les glaciers ont libéré environ 2 200 milliards de litres d’eau — soit plus de quatre fois la consommation annuelle d’eau potable des ménages suisses. Cette eau a soutenu les cours d’eau pendant la sécheresse. À la mi-juillet, les réservoirs suisses étaient remplis à 46 %, leur niveau saisonnier le plus bas en vingt ans. L’exploitant Alpiq a noté que la chaleur augmentait les apports glaciaires vers la Grande Dixence ou l’Emosson. La fonte actuelle amortit la crise qu’elle prépare pour l’avenir. Les hydrologues parlent d’un « pic hydrique », où le débit glaciaire augmente tellement que la glace fond rapidement, puis s’effondre lorsqu’il n’y a plus rien à faire fondre.
La Suisse utilise des réserves accumulées depuis des siècles comme un salaire. En comptabilité, cela porte un nom : puiser dans le capital. L’hydroélectricité fournit près de 60 % de l’électricité suisse, et ses barrages servent de batterie pour le continent, compensant les caprices du solaire et de l’éolien. Une batterie dont la recharge estivale dépend en partie de la glace. En juillet, la Commission fédérale de l’électricité n’anticipait aucune pénurie. Le risque se mesure en décennies, non en saisons. Du Valais à la vallée du Rhin, le Rhône et le Rhin prennent leur source dans ces montagnes. Cet été a montré ce que coûte un fleuve trop bas ou trop chaud.
Sur le Rhône, EDF a arrêté ou restreint les réacteurs de Bugey et de Saint-Alban. L’Autorité de sûreté nucléaire a même temporairement assoupli les limites de rejets thermiques à Bugey. Sur le Rhin, le niveau à Kaub aurait pu descendre sous les 10 centimètres à la mi-août. Les péniches ne pouvaient charger qu’une fraction de leur capacité, et le fret fluvial a vu ses tarifs presque quadrupler. Pour l’Allemagne, la facture pourrait atteindre 0,2 point de PIB au troisième trimestre. Ces épisodes sont d’abord liés à la météo. Pourtant, à la fin de l’été, la fonte glaciaire soutenait encore les débits, notamment sur le Rhône. Lorsqu’elle cessera, chaque vague de chaleur frappera plus durement les turbines, les péniches, les réacteurs et l’irrigation. Le tourisme de montagne, déjà perturbé par des hivers sans neige, perdra en plus ses paysages emblématiques.
L’Union européenne a adopté en 2025 une stratégie de résilience hydrique. Pourtant, le débat sur l’autonomie stratégique reste dominé par les oléoducs, les terres rares et les semi-conducteurs. Cette infrastructure naturelle et gratuite n’a jamais figuré dans aucun bilan. Pourtant, la sécurité hydrique et énergétique de l’Europe se joue à 3 000 mètres d’altitude. Reste à savoir si les États investiront à temps dans des réservoirs, le partage de l’eau et la coopération transfrontalière. Les glaciers, eux, ont déjà présenté leurs comptes de résultat.
Les glaciers suisses fondent à un rythme record, suscitant des inquiétudes pour la sécurité de l’eau et de l’énergie
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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