Environ 5 000 nouveaux cas de cancers féminins sont diagnostiqués chaque année chez les aidantes en France, selon Anne-Marie de Vaivre, cofondatrice du Cercle Entreprises et Santé. Ce chiffre ne concerne pas le secteur privé, mais il double presque lorsque le secteur médico-social est pris en compte. Toutefois, faute d’études épidémiologiques spécifiques sur le cancer chez les aidantes, ces données restent approximatives. Les organisations de santé et médico-sociales font face à des défis particuliers, car une partie de leur personnel est aussi des aidantes pour des patients. L’une des questions délicates est de savoir s’il faut révéler la maladie d’une aidante à son équipe, son manager ou son institution. Le Dr Carline Amiel, médecin du travail et responsable du Département Travail et Santé à l’hôpital Foch, souligne que de nombreuses salariées préfèrent ne pas divulguer leur état de santé, souhaitant être perçues comme des professionnelles plutôt que comme des patientes. Un autre enjeu est le « syndrome VIP », où les soignants pourraient traiter différemment une personne qu’ils connaissent, au risque de compromettre la qualité des soins. Le Dr Mario Di Palma, oncologue à Gustave Roussy, explique que vouloir trop bien faire peut parfois conduire à faire moins bien. Le retour au travail après un traitement contre le cancer est une préoccupation majeure. Selon l’Inserm, seulement 21 % des femmes en âge de travailler atteintes d’un cancer du sein reprennent leur activité professionnelle dans tous les secteurs confondus. Le Dr Amiel insiste sur l’importance de l’empathie et d’un dialogue adapté, évoquant la nécessité d’un trilogue associant le médecin du travail, l’oncologue et la salariée. Des aménagements physiques ou des postes temporaires sans contact direct avec les patients peuvent s’avérer nécessaires. Ce retour doit être anticipé et ne peut s’improviser. Le Dr Amiel note que certaines personnes souhaitent continuer à travailler pendant leur traitement, ce qui est essentiel pour leur identité professionnelle. Les évaluations se font au cas par cas, et les arrêts de travail peuvent durer des mois, voire des années. Après trois ans, un retour au travail peut devenir nécessaire pour des raisons sociales. Le retour au travail doit être évalué en fonction de la profession exercée. Pour les aides-soignantes et les infirmières, le télétravail n’est pas une option, ce qui rend les aménagements de poste d’autant plus cruciaux. Depuis 2022, les libéraux du soin peuvent bénéficier d’un suivi en santé au travail via une affiliation à un service de prévention et de santé au travail interentreprises (SPST). Cependant, de Vaivre souligne qu’il n’existe en France aucune étude ou analyse approfondie sur les femmes aidantes touchées par un cancer, et très peu à l’international, la plupart des travaux étant partiels ou connexes. Aucune politique RH dédiée ou programme structuré n’existe en France, à l’exception de la clinique Mayo et de l’hôpital Johns-Hopkins aux États-Unis. Le Dr Di Palma se montre optimiste, estimant que les discussions sur le cancer et son accompagnement au travail progressent. Les institutions doivent aussi gérer les défis posés par les membres du personnel qui sont des aidantes pour un proche atteint de cancer, ce qui peut perturber la dynamique d’équipe et le fonctionnement de l’entreprise. Le Dr Amiel encourage les professionnels de santé à mieux prendre soin d’eux-mêmes, insistant sur l’importance de la prévention et du dépistage. Elle a cofondé en 2023, avec Sabrine Berrada, le Centre de Prévention et Travail à l’hôpital Foch, réservé aux professionnels et étudiants de l’établissement. Ce centre pourrait prochainement s’ouvrir aux professionnels libéraux de santé de la région.