La colonne de la Grande Armée se dresse dans la vallée de Terlincthun, juste au nord de Boulogne-sur-Mer, sur le territoire de la commune de Wimille. Haute de 54 mètres, elle a été érigée grâce aux contributions des soldats, qui donnaient chaque mois l’équivalent d’une demi-journée de paie, tandis que les officiers versaient l’équivalent d’une journée complète. Ce monument devait initialement honorer le projet d’invasion de l’Angleterre par Napoléon, qui ne fut jamais mené à bien. Entre 1803 et 1805, Napoléon utilisa le camp de Boulogne comme base pour une armée destinée à traverser la Manche. Le 9 novembre 1804, la première pierre fut posée, cinq ans après le coup d’État de Napoléon en 1799. Le terrain sur lequel s’élève le monument fut acheté par la ville de Boulogne, établissant ainsi un lien entre la cité et l’effort des soldats. Les travaux débutèrent en 1804, mais furent interrompus en 1805 lorsque les troupes quittèrent Boulogne pour l’Autriche, où elles devaient livrer la bataille d’Austerlitz. Bien que les soldats aient déjà versé leur contribution, les travaux ralentirent à mesure que les troupes s’éloignaient. À la chute de l’Empire français, la colonne n’avait atteint qu’environ 20 mètres de hauteur, soit moins d’un tiers de sa taille finale. Elle ne fut achevée qu’en 1841, soit 37 ans après la pose de la première pierre, sous le règne du roi Louis-Philippe. La statue sommitale fut installée le 15 août 1841. Avec le temps, la signification du monument évolua. Initialement conçu pour célébrer un projet de conquête de l’Angleterre, il devint finalement un hommage à l’armée qui s’était rassemblée à Boulogne, y compris la première distribution des croix de la Légion d’honneur. Le projet initial était l’œuvre de l’architecte Étienne-Éloi Labarre, décédé en 1833, huit ans avant l’achèvement de la colonne. Au sommet, Napoléon est représenté de dos, face à la mer, un détail qui a suscité des débats. Certains y voient l’empereur tournant le dos à son ennemi britannique, tandis que d’autres estiment que la statue fait simplement face à l’entrée du site. Aucune explication définitive n’a été confirmée à ce jour. Le monument fut endommagé lors de la libération de Boulogne en 1944. La statue originale de Bosio fut remplacée en 1962 par celle de Pierre Stenne, qui trône toujours aujourd’hui. Classé au titre des monuments historiques depuis le 31 mars 1905, il appartient à l’État français et est géré par le Centre des monuments nationaux. Les visiteurs peuvent gravir les marches jusqu’au sommet pour profiter d’une vue panoramique sur Boulogne, et un petit musée est installé dans l’un des pavillons. Malgré son importance historique, la fréquentation reste modeste : environ 22 000 personnes l’ont visité en 2014, contre quelque 13 000 en 2022.