Paris sous les tirs d'artillerie à longue portée

Au printemps et à l'été 1918, les Parisiens vivaient dans la crainte, tandis que les obus du Canon de Paris, une arme allemande, atteignaient une altitude de 40 kilomètres, frôlant presque la stratosphère, avant de retomber sur la ville en moins de quatre minutes.

La portée et les effets du Canon de Paris

Le Canon de Paris, conçu par Krupp, pouvait tirer des obus à une distance de 130 kilomètres, bombardant Paris de mars à août 1918 et causant environ 250 morts. Entre mars et août 1918, 367 obus sont tombés sur Paris, faisant 256 morts selon les bilans, dont 92 lors du bombardement de l'église Saint-Gervais le 29 mars.

La conception du Canon de Paris

Le Canon de Paris, surnommé Pariser Kanonen, était capable d'atteindre une cible à une distance de 128 à 130 kilomètres, soit plus du double de la portée considérée alors comme possible pour l'artillerie. Pour y parvenir, un angle de tir d'environ 50 à 52 degrés était nécessaire, envoyant l'obus dans le ciel plutôt que directement vers sa cible.

Construction et déploiement

Le tube du canon lui-même pesait 175 tonnes, et l'ensemble de la pièce, monté sur sa plateforme de tir, atteignait 750 tonnes. Sept exemplaires de cette arme furent construits et utilisés pendant le conflit, ce qui en faisait les pièces d'artillerie les plus longues jamais déployées pendant la Première Guerre mondiale. Les positions de tir, installées au pied du Mont de Joie dans l'Aisne, furent préparées dans le plus grand secret : les travaux commencèrent dès décembre 1917 et furent achevés avant le 21 mars 1918.

Les premières attaques et la confusion

Entre le 23 mars et le 9 août 1918, les canons allemands tirèrent 367 obus sur Paris et ses communes environnantes. Le premier obus tomba sur le quai de la Seine, dans le 19e arrondissement de Paris, le 23 mars 1918. Pour les habitants, ce fut une confusion totale, car aucun avion n'avait survolé la ville et aucune alerte n'avait retenti.

Le bombardement de l'église Saint-Gervais

Le drame le plus marquant de ce bombardement survint le 29 mars 1918, lorsqu'un obus tomba sur l'église Saint-Gervais, près de l'Hôtel de Ville, pendant un office religieux du Vendredi saint. Le bilan fut terrible, avec 92 morts et 68 blessés selon les estimations les plus élevées, bien que certaines sources évoquent 88 victimes. Cet événement est considéré comme le bombardement civil le plus meurtrier survenu en France pendant toute la Première Guerre mondiale.

Héritage et préservation historique

Dans l'ensemble de la région, les canons allemands causèrent la mort de 256 personnes. Cependant, après la guerre, aucun exemplaire de cette arme ne tomba entre les mains des Alliés. Les troupes allemandes, en se retirant, prirent soin de détruire les documents techniques et le matériel, laissant planer une incertitude sur les caractéristiques exactes et l'emplacement précis de ces positions de tir.

Site historique et prouesse technique

La plateforme d'artillerie de Crépy dans l'Aisne, classée monument historique, témoigne concrètement de cette logistique : sa chambre octogonale mesure 5,40 mètres de diamètre et conserve deux blockhaus en bon état de part et d'autre. Plus d'un siècle après ces événements, le Canon de Paris demeure un exemple fascinant de l'ingénierie militaire poussée à l'extrême.