GenZ 212, un an après

Un an après l'émergence du mouvement GenZ 212 au Maroc, les grandes manifestations se sont essoufflées, mais la répression se poursuit. Les procès se succèdent, les appels sont sans cesse reportés et des mineurs demeurent détenus sans jugement. La présence de militants derrière les barreaux, le procès des membres de la génération Z et la souffrance de personnes honnêtes confirment que le combat contre l'autoritarisme et la corruption est une bataille décisive.

La condamnation de Zineb El Kharroubi

Zineb El Kharroubi, jeune militante du mouvement GenZ 212, a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique ». Elle poursuit son militantisme depuis la France, où elle réside. Le 27 septembre 2026, elle a participé à une table ronde à Paris pour célébrer le premier anniversaire du mouvement GenZ 212 et apporter son soutien aux personnes bloquées à Ceuta. Des événements ont également été organisés à Casablanca, Rabat, Madrid et Bruxelles.

Les origines du mouvement GenZ 212

Le mouvement GenZ 212, qui n'a duré qu'un mois, est né d'un choc : à l'hôpital public d'Agadir, en une semaine, huit femmes sont mortes à la suite de césariennes. Dans tout le royaume, des jeunes se sont mobilisés pour exiger de meilleurs systèmes de santé et d'éducation, la fin de la corruption et la démission du gouvernement d'Aziz Akhannouch. Affaibli par plus de 5 000 arrestations, le mouvement urbain s'est essoufflé. La répression, en revanche, ne s'est pas arrêtée.

Les conséquences judiciaires du mouvement

Le ministère marocain de l'Intérieur a recensé près de 2 480 personnes poursuivies devant les tribunaux, dont la moitié étaient en détention, à la fin du mois d'octobre 2025. Huit mois plus tard, la Direction générale de l'administration pénitentiaire et de la réinsertion (DGAPR) indiquait que 662 personnes étaient toujours derrière les barreaux, dont 567 condamnées pour crimes et 95 pour délits.

Mineurs détenus et procès en cours

Le Comité national de soutien aux familles des détenus de GenZ 212 a tiré la sonnette d'alarme au sujet de la situation de plusieurs mineurs détenus à la prison de Tamesna. Ces mineurs ont été maltraités dans les commissariats parce qu'ils refusaient de signer les procès-verbaux d'interrogatoire déjà rédigés, qui leur imputaient de lourdes accusations. Les mères ont été trompées lorsqu'on leur a demandé de signer à la place de leurs fils, en leur faisant croire qu'ils seraient libérés. Ces mineurs ne sont pas les seuls à attendre une audience qui ne vient jamais.

Impact politique et résultats électoraux

Après avoir exigé, en vain, le départ du gouvernement Akhannouch, la génération Z n'a pas pris part au rendez-vous politique le plus important du royaume : les élections législatives. Pour participer au scrutin du 23 septembre 2026, les 18-24 ans ne représentaient que 4 % des 15,8 millions d'électeurs inscrits, contre 8 % en 2021, alors qu'ils constituent près de 11 % de la population totale. Et parmi l'ensemble des électeurs inscrits, peu se sont rendus aux urnes : le taux d'abstention n'a jamais été aussi élevé depuis 2007, atteignant 61,98 %.

Réactions politiques et alliances

Peu de partis ont mené une véritable campagne en faveur de la libération des prisonniers politiques, à l'exception de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) et du Parti socialiste unifié (PSU), qui ont formé l'Alliance de gauche afin d'intégrer les revendications de la jeunesse à son programme social et économique. Cette alliance a obtenu huit sièges (sur 395), soit quatre fois plus qu'en 2021… mais elle est restée loin derrière le trio déjà au pouvoir. Cette fois, le Parti de l'authenticité et de la modernité (PAM), dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri, est arrivé en tête, avec 97 sièges.

Résistance continue et efforts du gouvernement

Sur la page militante « Morocco Youth Voice », un internaute se moque : « Comment une personne raisonnable pourrait-elle croire qu'un peuple raisonnable voterait pour ces gens-là ? » Ce compte Instagram, qui compte près de 51 300 abonnés, fait partie de ces rares pages anonymes qui entretiennent l'esprit du mouvement GenZ. Il suit l'avancée des procédures judiciaires des détenus et appelle parfois à des rassemblements devant les tribunaux. La répression a transformé cette jeunesse idéaliste, démocrate et quelque peu libertaire, mais non radicale, en une force anti-système. Tous les efforts du régime pour apaiser ces militants, pris individuellement, ont échoué.