Une agricultrice bio française réclame réparation après la ruine de sa récolte par dérive de pesticide, symptôme d'une crise croissante de l'usage et de l'indemnisation.
Une agricultrice réclame une indemnisation pour des dégâts liés à un pesticide
Amandine Dupuy, agricultrice en Eure-et-Loir, demande une indemnisation après que sa culture biologique de sarrasin a été contaminée en 2021 par le pesticide prosulfocarbe. La contamination a détruit l'intégralité de sa récolte, la rendant impropre à la vente comme à la consommation.Un pesticide qui se propage facilement dans les champs
Le prosulfocarbe, devenu l'herbicide le plus utilisé en France en 2024, est très volatil et peut parcourir plusieurs kilomètres dans l'air. Cette caractéristique lui permet de dériver vers des cultures non visées, comme le sarrasin et les pommes, récoltées à l'automne, ce qui entraîne une contamination généralisée.Un assureur refuse d'indemniser faute de responsabilité établie
L'assureur d'Amandine Dupuy a refusé de couvrir ses pertes, car il était impossible de déterminer quel voisin était responsable de la contamination. Ce problème est courant : la volatilité du pesticide rend la source difficile à identifier, laissant les agriculteurs sans compensation et risquant parfois de leur faire perdre leur certification biologique.La bataille judiciaire contre l'État se poursuit
Amandine Dupuy a engagé une procédure judiciaire contre l'État français en février 2022, réclamant une indemnisation ainsi que la reconnaissance de son préjudice moral. L'affaire dure depuis plus de trois ans, et l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a produit trois mémoires en défense de l'État.La contamination par les pesticides touche de nombreux agriculteurs
Selon la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab), près de 400 récoltes ont été contaminées par le prosulfocarbe entre 2018 et 2024, entraînant la perte de 550 tonnes de sarrasin entre 2020 et 2022. Ces chiffres illustrent l'ampleur du problème auquel sont confrontés les agriculteurs biologiques de la région.De nouvelles règles critiquées par les agriculteurs
Le gouvernement français a instauré des règles plus strictes concernant le prosulfocarbe, notamment l'interdiction de l'utiliser à moins d'un kilomètre des cultures non visées, ainsi que l'usage de buses spécialisées pour réduire la dérive. Amandine Dupuy estime toutefois que ces règles ne sont pas réalistes et sont fréquemment ignorées par certains agriculteurs.Un autre agriculteur obtient une indemnisation
Guillaume Cohu, agriculteur biologique dans l'Orne, a obtenu avec succès une indemnisation de l'État pour les pertes liées à une contamination par un pesticide. Toutefois, l'État a fait appel de la décision, et aucune date d'audience n'a encore été fixée. Cette affaire a conduit certains agriculteurs à modifier leur calendrier de récolte afin de limiter les risques de contamination, ce qui entraîne souvent des rendements plus faibles.Une agricultrice plaide pour une meilleure gestion des pesticides
Amandine Dupuy reste active dans le militantisme environnemental et agricole, convaincue qu'une meilleure formation aux techniques agronomiques permettrait de réduire le recours aux pesticides. Elle reproche au gouvernement de manquer de volonté politique pour mettre en place des changements significatifs dans la réglementation des pesticides.