L'UE maintient ses objectifs en matière de biodiversité malgré le recul de certaines politiques internes, peinant à présenter l'action environnementale dans le langage de la liberté.
L'UE réaffirme ses objectifs en matière de biodiversité à la COP17
L'Union européenne a affirmé qu'elle ne réduirait pas ses ambitions environnementales, alors que la dix-septième conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (COP17) se tient à Erevan depuis le 19 octobre 2026. Christopher O'Sullivan, ministre d'État irlandais, s'exprimant au nom de la présidence du Conseil, a mis en avant l'attachement de l'UE au cadre mondial adopté lors de la COP15 en 2022. Ce cadre vise à protéger 30 % des terres et des mers d'ici 2030.Les progrès de l'UE et les modifications législatives
Fin 2022, l'UE avait protégé 26,1 % de ses terres et 12,3 % de ses mers, dépassant ainsi les moyennes mondiales de 18,4 % et de 10 %. Toutefois, l'UE a assoupli certaines de ses propres lois environnementales ces dernières années. Par exemple, la politique agricole commune autorise désormais une plus forte réduction des prairies permanentes, et le loup a été retiré de la liste des espèces strictement protégées.Propositions et défis à venir
La Commission européenne a proposé des « crédits nature », semblables aux crédits carbone, afin de financer des projets de préservation de la biodiversité. Cependant, les réunions préparatoires à l'examen mondial du cadre de Kunming-Montréal, tenues à Nairobi cet été, ont conclu que, sans progrès rapides, aucun des 23 objectifs de biodiversité fixés pour 2030 ne sera atteint. Ce problème n'est pas nouveau : les objectifs d'Aichi, fixés en 2010, n'avaient pas non plus été pleinement atteints en 2020.Les défis structurels de la COP sur la biodiversité
La COP sur la biodiversité se heurte à des défis structurels, influencés par l'approche de la COP sur le climat. La crise climatique est considérée comme un enjeu mondial où compte le total des émissions, ce qui permet une action coordonnée. À l'inverse, la crise de la biodiversité est locale, chaque écosystème et chaque espèce ayant une valeur propre. La Convention sur la diversité biologique le reconnaît et insiste sur la nécessité d'une gestion localisée et sur la participation de tous les secteurs de la société.Le tabou du renoncement à la COP sur la biodiversité
Un défi majeur pour la COP sur la biodiversité tient au « tabou du renoncement » : nommer ce qu'il faut sacrifier pour atteindre les objectifs environnementaux risque de susciter des résistances politiques. Contrairement à la COP sur le climat, qui a fini par reconnaître la nécessité de sortir progressivement des énergies fossiles, la COP sur la biodiversité peine à formuler les sacrifices nécessaires sans s'exposer à une levée de boucliers. La situation se complique encore du fait du pluralisme des valeurs au sein du cadre de Kunming-Montréal, qui ne propose pas de méthode claire pour arbitrer entre des valeurs contradictoires.La liberté et la transition écologique
Dans les démocraties libérales, la liberté est souvent perçue comme une valeur fondamentale, et tout renoncement est vécu comme une perte de liberté. En France, par exemple, la liberté est considérée comme la plus importante des trois valeurs de la devise nationale, 96 % des personnes interrogées la jugeant importante. Cette perception constitue un obstacle à la protection de la biodiversité, car les exigences sont souvent vues comme des restrictions à la liberté.Inscrire les objectifs de biodiversité dans le langage de la liberté
Pour avancer, la COP sur la biodiversité doit inscrire ses objectifs dans le langage de la liberté, en reconnaissant que la valeur la plus structurante des sociétés sert aujourd'hui à résister à la transition écologique. L'éthique de la viabilité, appuyée sur la théorie mathématique, offre un cadre permettant de faire des choix explicites sur ce qui doit être préservé pour assurer des conditions écologiques, économiques et sociales durables. Cette approche pourrait aider à définir un espace viable fondé sur des décisions collectives, et à faire du renoncement un élément constitutif de la liberté plutôt qu'une contrainte.