Le clarinettiste Roeland Hendrikx et l’arrangeur Andreas N. Tarkmann ont réinventé deux œuvres du compositeur allemand du XIXe siècle Robert Schumann, Les Scènes de la forêt (Waldszenen op.82) et le Concerto pour violon en mi mineur, à travers le prisme de la clarinette et de l’orchestre. Pour ce projet, le Concerto pour violon a été transcrit en un Concerto pour clarinette en ré mineur. Les Scènes de la forêt (Waldszenen op.82), un ensemble de 13 pièces brèves, sont reconnues pour leur caractère pastoral et méditatif, explorant des thèmes comme l’amour, la nature, la chasse ou encore les rêves. L’orchestration originale, qui comprend des cordes, quelques vents et des bois, ne réserve pas à la clarinette un rôle soliste prépondérant. L’orchestre sert plutôt à mettre en valeur les intentions musicales de Schumann : un crescendo des cordes pour suggérer une tempête, des cors triomphants pour la scène de chasse (Jaglied), des cordes pincées délicates pour Einsame Blumen (Fleurs solitaires), ou encore un échange subtil entre la flûte et la clarinette dans Oiseau prophète (Der Vogel als Prophet). L’Orchestre de chambre de Lituanie, dirigé par Vilmantas Kaliunas, offre un son magnifique, bien que l’orchestration n’apporte pas d’éléments nouveaux à la partition originale de Schumann. Le Concerto pour violon en mi mineur, composé pour le violoniste Joseph Joachim, fut mal accueilli à sa création en 1853 et ne fut rejoué qu’après sa redécouverte par Yehudi Menuhin en 1937. Il reste souvent éclipsé par d’autres concertos du romantisme, comme ceux de Beethoven, Mendelssohn, Brahms ou Bruch. Son orchestration est parfois jugée maladroite, même si la partition regorge de passages lyriques et expressifs. Pour Hendrikx, transposer ce concerto pour la clarinette représente une nouvelle chance de le faire vivre. La transcription abaisse légèrement la tonalité (du mi mineur au ré mineur), révélant de nouvelles couleurs tonales. Tarkmann a simplifié l’orchestration pour laisser plus d’espace au soliste clarinettiste. Les parties de bois ont également été révisées, par exemple avec le basson reprenant le rôle initialement dévolu à la clarinette dans la version pour violon. Les couleurs qui en résultent varient, devenant tantôt plus sombres, tantôt plus pastorales selon les passages. L’interprétation de Hendrikx est chaleureuse et précise, ses traits virtuoses et ses arpèges compensant l’absence des cordes doublées du violon. L’Orchestre de chambre de Lituanie, sous la direction de Vilmantas Kaliunas, accompagne le soliste avec clarté et sensibilité, permettant à la clarinette de s’imposer au premier plan. Cet album devrait séduire les amateurs de clarinette, même s’il n’est pas susceptible de révolutionner la perception que l’on a de l’œuvre de Schumann. Ce projet illustre comment la réinterprétation d’œuvres classiques à travers d’autres instruments peut offrir de nouvelles perspectives et mettre en lumière la versatilité de la musique de Schumann. Si ces transcriptions ne bouleversent pas l’héritage du compositeur, elles proposent une interprétation à la fois convaincante et accessible, redonnant vie à des aspects moins connus de son œuvre.