Le roman The Geometer Lobachevski d’Adrian Duncan, traduit par Marie Hermet, retrace le parcours de Nikolaï Lobachevski, un géomètre soviétique envoyé arpenter les terres du centre de l’Irlande dans le cadre des efforts d’industrialisation. L’histoire s’ouvre sur l’arrivée de Lobachevski dans un terrain instable, où la tourbe ne se plie pas à ses attentes de mesure. Dans le centre de l’Irlande, il constate que le paysage échappe à toute quantification, ce qui entraîne un recentrage du récit, passant de la précision technique à l’interaction entre la peur politique et l’introspection personnelle. Le conflit central du roman éclate lorsque Lobachevski reçoit l’ordre de rentrer, mais il refuse en déclarant : « Je ne peux pas revenir, Gunter, je dis que je sais. » Ce refus marque un tournant dans l’intrigue et pousse le personnage à fuir vers une île située à l’embouchure du Shannon, où les protagonistes doivent réapprendre à percevoir le monde. Le style narratif de Duncan est salué pour sa capacité à rendre la pensée technique sensible, sans pour autant réduire l’histoire à une simple démonstration de logique. Dans le roman, un personnage nommé Kolim propose d’arrondir les chiffres pour avancer, illustrant ainsi la tension entre exactitude et pragmatisme. Un autre personnage, surnommé Of French, est dépeint comme un collectionneur extravagant qui raconte des histoires invraisemblables, tout en offrant une réflexion clé : « J’aime simplement raconter les histoires qui se cachent derrière. » Cette réplique reflète l’exploration par le roman des récits cachés et l’importance des objets en tant que réservoirs de mémoire. Les descriptions méticuleuses d’outils, de gestes et de surfaces par Duncan ralentissent parfois le récit, atténuant temporairement la tension dans ce cadre insulaire. Pourtant, cette lenteur n’est pas dénuée de sens, car elle construit un univers où chaque mouvement revêt une signification. Le roman s’achève sur un moment d’incertitude, lorsque Lobachevski avoue : « Je ferme les yeux et j’attends une trajectoire que j’aurai du mal à calculer, et encore plus à comprendre. » L’œuvre est décrite comme exigeante, et parfois trop scrupuleuse dans son examen du monde, mais elle conserve une remarquable cohérence dans son exploration des liens entre matière, mémoire et les systèmes auxquels les humains tentent de se soumettre.