La mer se retire brusquement à Nice en 1979

Le 16 octobre 1979, vers 14 heures, la mer s'est soudainement retirée devant Nice avant de revenir sur la côte des Alpes-Maritimes. Cet événement inhabituel a été suivi d'une vague massive qui a touché les zones voisines, dont Antibes.

L'eau monte et cause des dégâts à Antibes

À La Salis et à La Garoupe, à Antibes, l'eau s'est élevée jusqu'à 3,5 mètres et a pénétré jusqu'à 150 mètres à l'intérieur des terres. La vague a causé d'importants dégâts : des bateaux se sont retrouvés sur les routes, des voitures flottaient et certains véhicules se sont retrouvés perchés dans des arbres ou sur des feux de signalisation.

La cause de la vague identifiée

Les chercheurs Sahal et Lemahieu, dans une étude publiée en 2011 dans la revue Natural Hazards, ont établi que l'événement était dû à l'effondrement d'une digue de 300 mètres sur un chantier portuaire. Des sismographes ont enregistré cet effondrement, et non un séisme.

Le chantier et ses conséquences

Situé à l'embouchure du Var, au sud de la plateforme de l'aéroport de Nice, le chantier a été lancé en 1975 et figurait alors parmi les plus grands travaux publics d'Europe. Il visait à agrandir l'aéroport et à construire un nouveau port de commerce, malgré de fortes pluies à l'automne 1979.

Les détails de l'effondrement

Une section de la digue s'est effondrée vers 13 h 57, entraînant avec elle une douzaine d'ouvriers, 4 camions et 2 grues. La disparition de la digue a duré environ 4 à 5 minutes, selon un article de P. Habib publié dans la Revue française de géotechnique.

Un volume d'effondrement débattu

Le volume des matériaux effondrés reste débattu. Le Conseil d'État l'a estimé à environ 8,7 millions de mètres cubes, tandis qu'une étude de 2000 menée par Assier-Rzadkiewicz et ses collègues évalue ce volume à environ 10 millions de mètres cubes. Même avec 9 millions, cela équivaut à près de 3 600 piscines olympiques.

L'impact de la vague

La mer a baissé de plus de 2 mètres dans le port de Nice, et deux vagues ont frappé la côte, de la frontière italienne jusqu'à Antibes. Les effets se sont fait sentir de Hyères à Menton, et l'agitation de l'eau à Antibes a duré environ une demi-heure.

Bilan humain et suites

Au moins 8 personnes ont été tuées dans l'incident, certaines sources évoquant jusqu'à 11 victimes. Les ouvriers du chantier représentaient la majorité des victimes, avec 9 morts ou disparus. Un commerçant et une femme de 83 ans ont également trouvé la mort à La Salis.

Dommages sous-marins et effets à long terme

Le flux de sédiments a parcouru 150 kilomètres dans le canyon du Var, atteignant des profondeurs allant jusqu'à 2 600 mètres, et a sectionné deux câbles sous-marins situés à 80 et 110 kilomètres de la côte. Cet événement a mis en lumière les dangers potentiels de ce type de chantiers.

Signes précurseurs d'instabilité

L'accident n'est pas survenu de nulle part. Les chercheurs avaient enregistré 110 épisodes d'affaissement avant la rupture, avec des tassements signalés les 27 juillet et 26 septembre 1979. Les pluies torrentielles et une crue décennale du Var ont accru les risques.

Explications scientifiques et absence de consensus

Une équipe de chercheurs a proposé un modèle de fluage pour expliquer la rupture, suggérant que l'argile sensible, sous le poids du remblai, a cédé lentement. Toutefois, aucune cause unique n'a été universellement acceptée, la pression de l'eau souterraine et la crue du Var étant également considérées.

Décision juridique et conséquences

En 1991, le Conseil d'État a qualifié l'incident de force majeure, malgré plusieurs années d'expertises. Le port de commerce n'a jamais été construit, mais l'aéroport a conservé les terrains gagnés sur la mer, ses pistes reposant en partie sur l'ancien chantier.

Commémoration et mémoire

Une plaque installée au Terminal 2 de l'aéroport Nice Côte d'Azur rappelle la catastrophe, et une cérémonie est organisée chaque 16 octobre. Si les voyageurs ne s'arrêtent peut-être pas pour réfléchir, le souvenir demeure chez les habitants d'Antibes et de Nice qui ont vécu cette journée.

Préparation et reconnaissance

En juin 2026, la métropole Nice Côte d'Azur a reçu le label UNESCO Tsunami Ready, après Cannes, labellisée en janvier 2024. Ce programme évalue les territoires selon 12 indicateurs, dont les cartes d'évacuation et l'information du public.

Risque de tsunami et délai de réaction

Des chercheurs estiment qu'un tsunami généré localement pourrait atteindre certaines zones de la Côte d'Azur en moins de 10 minutes, ce qui souligne l'importance de la préparation. C'est plus rapide que les 10 à 15 minutes qui se sont écoulées entre le retrait de la mer et le retour de la vague en 1979.