Depuis longtemps, le terme halal — qui désigne les produits et aliments conformes à la loi islamique — était principalement associé à l’alimentation et aux marchés communautaires en Europe. Cependant, en Asie, il est devenu un sujet majeur de politique industrielle. Des pays comme la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam et le Cambodge investissent dans leurs chaînes d’approvisionnement et cherchent à se positionner dans une économie islamique mondiale évaluée à plusieurs milliers de milliards de dollars. Selon le rapport State of the Global Islamic Economy 2025/26, les dépenses des consommateurs musulmans dans six grands secteurs — dont l’alimentation, l’habillement, les cosmétiques et le tourisme — ont atteint environ 2 600 milliards de dollars en 2024. Ce chiffre devrait atteindre 3 560 milliards de dollars d’ici 2029, avec des dépenses consacrées uniquement à l’alimentation halal approchant les 1 500 milliards de dollars en 2024. La Malaisie vise à rester la capitale mondiale du halal. Le pays a déjà fait du halal un secteur stratégique, avec un écosystème incluant la certification, l’industrie, les exportations, la finance islamique, la logistique et la recherche. En 2025, les exportations malaisiennes de produits halal ont atteint 68,52 milliards de ringgits, soit une hausse de 10,9 % par rapport à l’année précédente. La Malaisie s’appuie également sur le JAKIM, son Département du développement islamique, dont la certification est largement reconnue à l’international. Le Plan directeur de l’industrie halal 2030 dépasse le cadre alimentaire et cible des secteurs comme la pharmacie, les cosmétiques, les dispositifs médicaux, la logistique et l’hôtellerie. Le pays a également créé 14 parcs industriels halal, connus sous le nom de HALMAS, pour accueillir des chaînes de production entièrement conformes aux exigences halal. L’objectif est de transformer le halal d’une simple étiquette religieuse en un puissant outil économique. La Thaïlande, bien que non majoritairement musulmane, se positionne également comme un acteur clé du marché halal. Le Conseil central islamique de Thaïlande supervise plus de 200 000 produits certifiés halal. Entre janvier et octobre 2025, les exportations thaïlandaises de produits alimentaires halal vers les membres de l’Organisation de la coopération islamique ont atteint 4,872 milliards de dollars. Les principaux produits exportés incluent le riz, les fruits de mer, les huiles et les aliments transformés. Bangkok vise à devenir un « pôle de sécurité alimentaire » pour les pays musulmans, soutenu par le programme Halal Bridge, lancé en 2026 par la Banque islamique de Thaïlande et la Banque EXIM. Cette initiative aide les petites et moyennes entreprises thaïlandaises à accéder aux marchés internationaux grâce à la certification, l’emballage, le financement et la mise en relation avec des acheteurs étrangers. Le Vietnam rattrape son retard, bien qu’il parte d’une position moins développée. Ses exportations halal s’élèvent actuellement à environ 900 millions de dollars par an, soit moins de 1 % du marché mondial. Entre 2024 et 2026, seulement 1 000 à 1 300 entreprises vietnamiennes ont obtenu ou maintenu une certification halal. Cependant, Hanoï y voit une opportunité pour élargir sa politique d’exportation, en se concentrant sur la connexion de la production vietnamienne avec les marchés musulmans. Le pays dispose d’atouts dans l’agriculture, les produits de la mer et l’agroalimentaire, mais doit progresser en matière de certification, de connaissance des marchés et de logistique. Hanoï vise également à diversifier ses secteurs, en ciblant les cosmétiques, la pharmacie et le tourisme. En mai 2026, un Centre de promotion et d’expérience halal du Vietnam a été inauguré à Hanoï pour aider les entreprises à mieux comprendre les exigences du marché. Le Cambodge entre également dans la course, lançant en juillet 2026 une campagne nationale pour encourager les entreprises à obtenir la certification halal. Le processus a été simplifié, avec une réduction de la durée d’enregistrement de 90 à 60 jours ouvrés et une prolongation de la validité des certificats à deux ans. La campagne cible des provinces clés comme Siem Reap et Sihanoukville. Le Cambodge cherche à collaborer avec la Malaisie, qui offre une expertise en certification et en infrastructure. Parallèlement, l’évolution du marché halal à l’échelle mondiale dépasse désormais les considérations religieuses, les pays cherchant à construire des chaînes de valeur complètes — des matières premières à la logistique en passant par le financement — pour accéder à un marché de plus de deux milliards de consommateurs musulmans. Pour les entreprises françaises, cette évolution représente à la fois des défis et des opportunités, car elles doivent naviguer dans des règles de certification et des exigences de marché variables pour réussir en Asie.