Les silos de missiles historiques demeurent cachés

Dix-huit silos en béton, chacun d'une profondeur de plus de 20 mètres, sont enfouis sous le plateau d'Albion, à la jonction des départements du Vaucluse, de la Drôme et des Alpes-de-Haute-Provence. La plupart ont été scellés et laissés dans leur état d'origine, dissimulés parmi les chênes et les champs de lavande, hors de portée de ceux qui ne savent pas où regarder.

Des missiles jamais lancés

Les missiles nucléaires pour lesquels ces silos ont été construits ne s'y trouvent plus, ayant été retirés en 1996. Aucun de ces missiles n'a jamais été tiré, bien que le site ait fonctionné en alerte permanente de 1971 à 1996.

Origines du site de missiles

Entre 1966 et 1971, dix-huit silos de missiles ont été creusés sous le plateau d'Albion. Ce système de missiles balistiques stratégiques avait été conçu pour résister à une attaque nucléaire et effectuer des tirs de représailles, dans le cadre d'un programme envisagé par le général de Gaulle au début des années 1960.

Caractéristiques du site et impact

Le site couvrait une superficie de 800 kilomètres carrés, dont le cœur était situé sur le plateau. Il comprenait à l'origine deux antennes de réception, deux postes de contrôle de tir, 18 zones de lancement et des installations destinées au personnel militaire. Le lieu avait été choisi en raison de sa faible densité de population et de la nature de son sol calcaire, adapté à ce type de construction.

Présence humaine et transformation

Plus de 3 000 personnes ont été affectées sur le plateau ou à proximité, en particulier à Saint-Christol, Sault et Apt. Le ministère de la Culture souligne la transformation du territoire sur les plans géologique, démographique, social et culturel. Pendant deux décennies, la zone a été décrite comme la plus surveillée et la plus contrôlée de France.

Démilitarisation et nouveaux usages

En 1996, le site a été désarmé à la fin de la composante terrestre de la dissuasion. Certains silos ont été scellés, tandis que d'autres ont été transformés en champs de panneaux solaires ou en équipements publics, comme l'observatoire astronomique Sirene et le Bistrot de Lagarde.

Laboratoire souterrain

Sous 500 mètres de roche, le poste de contrôle de tir numéro 1 de Rustrel abrite le Laboratoire souterrain à bas bruit (LSBB). Le site a été choisi pour sa capacité à résister aux impacts nucléaires et aux perturbations électromagnétiques, ce qui en fait un lieu précieux pour la recherche scientifique.

Recherche scientifique et impact

Créé en 1997, le LSBB étudie l'aquifère karstique qui traverse le plateau afin de mieux gérer les ressources en eau de la Provence. Le site se situe au-dessus de l'aquifère de la Fontaine de Vaucluse et accueille une centaine de personnes, dont des physiciens, géologues, hydrologues et biologistes.

Désignation patrimoniale

Le site est classé patrimoine du XXe siècle depuis le 3 juillet 2013. Le ministère de la Culture le décrit comme une entité unique sur le territoire métropolitain, avec moins de cinq sites similaires dans le monde.