Pour la plupart des lycéens participant aux blocages et aux manifestations, il s’agit de leur première action politique. Ce mouvement représente aussi, pour certains, une façon de commencer à s’intéresser à l’élection présidentielle, voire de se positionner en faveur de certains partis, pour ceux qui ont l’âge de voter. Lors du dernier scrutin présidentiel, l’abstention des jeunes avait été massive, atteignant 42 % chez les 18-24 ans. Louise, Noa et Alicia, trois élèves de Terminale au lycée Léonard-de-Vinci à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), ont rejoint les plus de 56 000 manifestants (selon le ministère de l’Intérieur) réunis à Paris ce mardi. Une étape importante pour elles, qui souhaitent montrer leur solidarité avec tous les lycées publics moins favorisés que le leur. Noa reconnaît avoir gagné en engagement politique depuis le début des blocages. Son amie Louise, en revanche, a grandi dans un foyer très engagé politiquement. « Je me suis forgé ma propre opinion, à travers les réseaux sociaux et la presse d’actualité », déclare-t-elle. Toutes deux auront l’âge de voter lors de la prochaine élection présidentielle et y participeront donc. Et l’échéance de 2027 est déjà dans leurs esprits. « Je me situe plutôt à gauche », confie Louise. « Pour voir quel parti, même si j’ai déjà une idée. » Pour Noa, le choix du candidat « reste à affiner ». « Mais je sais déjà quels partis je vais éviter », admet-elle. « L’extrême droite et la droite, c’est mort ! » Leur amie Alicia n’aura pas l’âge de voter, mais elle assure : « Je continuerai à manifester, à suivre de loin et à soutenir La France insoumise. » De nombreux lycéens reconnaissent se tourner vers la gauche, plus présente à leurs côtés dans les manifestations. Une lycéenne générale de Roissy-en-Brie (Seine-et-Marne) souligne que « les partis de gauche ont choisi de s’allier à la jeunesse. D’autres partis auraient pu faire ce choix, mais ils ne l’ont pas fait ». Elle regrette le traitement réservé aux blocages, notamment par « les médias détenus par l’extrême droite, qui ne montrent que la violence des manifestations ». Sur sa pancarte, elle cite Étienne de La Boétie : « Soyez résolus à ne plus servir. » À ses côtés, Elina ajoute : « On nous reproche beaucoup à la gauche et à l’extrême gauche ces manifestations, alors qu’il suffirait d’écouter les jeunes et leurs revendications. La droite ne veut pas nous écouter, les casseurs lui donnent raison, et ça me révolte. » La lycéenne est plus que déterminée à voter lors de la prochaine élection présidentielle. « Avec mon âge, je me rends compte qu’il est important de défendre la cause et de ne pas voter à droite », conclut-elle au pied de la statue de la République. « De me renseigner sur la personne pour laquelle voter. » Younès, élève au lycée Condorcet à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a mesuré l’importance de s’intéresser à la politique à travers le mouvement étudiant. « Avant ces événements, soyons honnêtes, on n’était pas très informés », reconnaît-il. « Les représentants de l’État ne se soucient pas vraiment de ce qu’on dit, ils nous prennent pour des jeunes qui veulent sécher les cours, alors que dans les quartiers populaires, on veut les mêmes droits que ceux de Paris. On voit bien la différence entre les gens du 93 et ceux du 6e arrondissement », explique-t-il. Lui n’a pas de professeur d’histoire-géographie et a un remplaçant en maths : « La situation est très précaire. » Face à la couverture médiatique des blocages, qu’il juge délégitimer leur combat, Younès a décidé de s’informer davantage « pour être plus crédible face aux adultes ». Dans la même optique, il compte se rendre aux urnes au printemps. « Aucun parti politique ne me représente à 100 %, mais c’est normal », estime-t-il. « La France insoumise est le mouvement qui me représente le plus et qui se bat actuellement pour mes droits, donc c’est naturel que je les suive. » Son ami Priam, en classe de première au lycée Van Dogen à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne), n’aura pas l’âge de voter. Mais se politiser est important pour lui : « Quand on voit qu’il y a eu 40 % d’abstention aux dernières élections, notamment à cause des jeunes qui ne sont pas allés voter, ça nous pousse à nous demander qui sera au pouvoir en 2027. » « On est incités à chercher la personne à élire pour qu’elle nous représente au mieux », poursuit-il. Car après la rue, le lycéen est déterminé à se faire entendre par les urnes et jure de voter dès qu’il le pourra, lors des élections municipales ou législatives.