Des banderoles s’étalent peu à peu sur la place devant la basilique Saint-Denis où se rassemblent des lycéens venus de toute l’Île-de-France pour poursuivre leur mobilisation, lancée par le mouvement RED-Jeunes (Rassemblement pour l’égalité et la démocratie). Ce groupe, implanté dans les quartiers populaires, s’est formé en 2021 après une scission avec les Jeunesses communistes du Val-de-Marne. Son président, Yassine Benyettou, est présent à l’événement, mais reste en retrait pour laisser la place aux lycéens. Walid et Soumaya, deux figures organisatrices, animent l’assemblée générale. « Avec ma collègue, nous avons estimé que c’était le bon endroit et le bon moment pour rassembler tous les lycéens d’Île-de-France », explique Soumaya. Alors que les élèves partagent leurs témoignages, un message s’impose : la nécessité d’un syndicat spécifique pour représenter les lycéens des quartiers populaires. Autour d’eux, des soutiens affluent : syndicats d’enseignants, élus, collégiens et lycéens d’établissements privés viennent épauler leurs camarades. Maria, ancienne lycéenne de Stains, a fait le déplacement pour soutenir ceux de son ancien établissement. Vêtue d’un drapeau français, elle se distingue dans la foule. « Nous sommes l’avenir de cette France, tout ce que nous demandons, c’est qu’on investisse en nous », déclare-t-elle. « Nous sommes là pour exprimer notre colère parce qu’on en a marre de nos conditions de travail. Ça dure depuis des années et rien ne change. On exprime notre colère et tout ce qu’on récolte, c’est la police et les CRS », lance Ayoub, élève au lycée Mozart de Blanc-Mesnil. Le rôle de la police est au cœur des débats, les lycéens dénonçant ce qu’ils perçoivent comme des traitements inégaux selon les établissements. « À Paris, on voit un policier faire des pompes avec les élèves, nous, on se fait gazer et tabasser », témoigne un participant. Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine, est présent pour soutenir les lycéens et critique le comportement des forces de l’ordre. « La police ne doit pas se comporter comme elle le fait. On ne peut pas accepter que les revendications des lycéens se soldent par autant de blessés », déclare-t-il. Il y a une semaine, Eden, 14 ans, a été touché au visage par un tir de LBD lors d’une manifestation à Saint-Ouen-l’Aumône. Récemment, Maël, 16 ans, a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocage au lycée Balzac de Tours. Ces incidents ont choqué les lycéens, qui soulignent dans leurs prises de parole qu’ils ne renonceront pas à leur droit de manifester. « Plus il y aura de violences institutionnelles et policières, plus on se mobilisera », affirme Soumaya. Alors qu’ils échangent leurs contacts Snapchat et discutent des prochaines étapes, des propositions concrètes émergent. À l’image d’une assemblée générale traditionnelle, les idées sont débattues collectivement avant d’être soumises au vote. Parmi les revendications figurent la gratuité des transports, le remplacement immédiat des enseignants absents, l’installation d’ascenseurs pour les personnes en situation de handicap et l’abolition de Parcoursup, le système d’admission dans l’enseignement supérieur. Les demandes des lycéens sont variées et couvrent de nombreux aspects de la vie scolaire. Les lycéens espèrent désormais que le gouvernement les écoutera. Mais cette mobilisation vise aussi à structurer le mouvement sur le long terme, ce qui constitue le défi du syndicat évoqué plus tôt. « Cette idée vient d’un constat : malgré l’existence de nombreux syndicats lycéens, on se sent toujours un peu marginalisés. On voulait créer une instance qui représente exclusivement les élèves des quartiers populaires », explique Soumaya. Avant de se disperser, les lycéens organisent une conférence de presse. Face aux journalistes, ils répondent à des questions sur le financement de l’éducation et la couverture médiatique de leurs manifestations. Ils ont déjà en tête la prochaine étape : mardi 6 octobre, une journée de mobilisation lycéenne, avec un rassemblement prévu à 13 heures place de la République à Paris. « On continuera à nous mobiliser avec calme et à faire valoir nos droits », conclut Walid.