L’indice de masse corporelle (IMC), un outil couramment utilisé pour évaluer le poids par rapport à la taille, a une histoire plus complexe que son usage généralisé pourrait le laisser penser. Lors d’une table ronde intitulée Obésité, la maladie du siècle : anatomie d’une épidémie silencieuse, organisée le 6 octobre 2026 à l’Espace Pavé à Paris, le Dr Karine Clément — endocrinologue, diabétologue et nutritionniste — a évoqué le rôle inattendu joué par les compagnies d’assurance américaines dans la construction du lien entre poids et risque pour la santé. Le Dr Clément a invité l’audience à s’interroger sur les origines de l’IMC, expliquant qu’il avait été défini en 1950 par des compagnies d’assurance américaines comme un moyen de facturer des primes plus élevées aux personnes classées comme obèses. Bien que la formule mathématique utilisée pour calculer l’IMC — le poids divisé par le carré de la taille — ait été élaborée plus tôt, son utilisation comme indicateur de santé a été influencée par des motivations économiques. Cette approche reflétait un besoin pratique pour les assureurs d’évaluer les risques et de fixer les tarifs. Le seuil conventionnel de 30 pour l’obésité chez les adultes, selon le Dr Clément, a été établi dans ce contexte. Ce repère est depuis devenu une norme en santé publique et en pratique médicale, bien que ses origines soient liées à des considérations financières plutôt qu’à des préoccupations purement sanitaires. Les propos du Dr Clément ont suscité une réflexion sur la manière dont les intérêts économiques ont façonné les définitions médicales et les politiques de santé publique. La discussion a mis en lumière l’importance d’examiner les facteurs historiques et économiques qui influencent les indicateurs de santé. Si l’IMC reste un outil largement utilisé, ses limites et ses origines soulignent la nécessité d’une compréhension plus nuancée de la santé et du poids. Cet échange s’inscrit dans une démarche plus large visant à aborder les complexités de l’obésité, à la fois comme enjeu médical et sociétal.