Les AESH en France subissent un grave manque d'effectifs, des salaires bas et une formation insuffisante, au détriment des élèves handicapés. Les syndicats réclament reconnaissance et moyens.
Manque de personnel dans les écoles françaises
Sylviane Valmorin, AESH (accompagnante d'élèves en situation de handicap) et membre du syndicat SNES-FSU, souligne les conséquences du manque de personnel sur son travail à Bondy. Jusqu'en 2024, elle était la seule AESH de son établissement scolaire ; aujourd'hui, quatre AESH sont chargées de plus de 1 600 élèves. La demande reste forte, chaque AESH ne pouvant désormais consacrer au maximum que 8 heures par élève, contre 16 ou 18 heures auparavant.Difficultés au lycée Delacroix
Au lycée Delacroix de Drancy, Ambre* fait état de difficultés similaires et estime qu'il faudrait quatre à six AESH supplémentaires pour répondre aux besoins des élèves. Actuellement, certains élèves bénéficiant d'un accompagnement individualisé ne reçoivent que sept heures par semaine, voire huit « quand ils ont de la chance ». Cela est bien en deçà des 15 heures que Ambre* juge nécessaires. Depuis la rentrée, les élèves préparant un BTS ne bénéficient plus d'un accompagnement dans cet établissement, faute de moyens, la priorité étant donnée aux élèves du secondaire.Les AESH pendant les examens
Pendant les épreuves du baccalauréat, les AESH doivent circuler d'un élève à l'autre pour expliquer les consignes. Alexandra Poussin, AESH depuis sept ans, explique que ces déplacements sont nécessaires pendant les examens. Selon des chiffres communiqués au Parlement, 48 726 élèves disposant d'une notification de accompagnement humain attendaient encore un AESH à la rentrée 2025.Conséquences sur la relation avec les élèves
Pour pallier le manque de personnel, les AESH doivent parfois suivre plusieurs élèves à la fois. Sylviane Valmorin remarque que des élèves en situation de handicap sont parfois regroupés dans une même classe afin de cumuler davantage d'heures, ce qui fragilise la relation de confiance avec les élèves, parfois construite sur plusieurs années. Ambre* raconte qu'elle n'accompagnait un élève que deux heures par semaine l'an dernier, ce qui, selon elle, rend impossible un travail correct comme la construction d'une relation réelle avec l'élève. Sylviane Valmorin insiste sur le fait que cette relation est essentielle à la réussite des élèves.Conditions de travail et rémunération
Malgré leur rôle essentiel dans la scolarisation des élèves en situation de handicap, les AESH travaillent dans des conditions marquées par la précarité. Selon les données du ministère de l'Éducation nationale pour l'année scolaire 2024-2025, six AESH sur dix ont un contrat à durée indéterminée, mais 98 % travaillent à temps partiel, avec en moyenne 63 % d'un temps plein, et perçoivent un salaire mensuel net moyen de 1 030 euros. Sylviane Valmorin affirme que le métier n'est pas suffisamment reconnu, ni sur le plan salarial ni sur le plan de la considération, et que le salaire ne reflète pas le travail accompli.Frais professionnels et primes
Certaines AESH rencontrent également des difficultés liées aux frais professionnels, certaines n'étant pas remboursées de leurs frais de transport. Sophie*, responsable départementale au SNES-FSU, indique que certaines AESH envisagent de démissionner, faute de pouvoir assumer le coût du carburant nécessaire pour rejoindre leur lieu de travail. Sylviane Valmorin souligne aussi les retards dans le versement de certaines primes, censées être versées au bout de six mois, alors que les factures, elles, arrivent chaque mois.Féminisation et perception du métier
La faible reconnaissance de la profession est également attribuée à sa féminisation, puisque 94 % des AESH sont des femmes. Sophie* note que cela contribue à l'idée que leur travail relève davantage de qualités personnelles que de compétences professionnelles, celui-ci étant perçu comme un métier du « care », mettant en avant la douceur et l'affection, ce qui ne reconnaît pas la dimension professionnelle de l'activité. Cette perception occulte les compétences techniques nécessaires pour accompagner des élèves aux besoins et aux profils variés.Formation et développement professionnel
La formation initiale des AESH constitue une autre source de mécontentement, les 60 heures de formation étant jugées insuffisantes par les personnes interrogées. Ambre* affirme que la formation se fait derrière un écran, loin du terrain, et que certaines AESH n'y ont même jamais eu accès. Alexandra Poussin, qui travaille depuis sept ans, explique n'avoir jamais reçu cette formation, tout comme l'une de ses collègues. Malgré cela, les AESH doivent accompagner des élèves d'âges différents, présentant des handicaps et des besoins variés.Réformes proposées et démarches juridiques
Le SNES-FSU réclame un parcours de formation de deux ans fondé sur le CAPEI (certificat d'aptitude aux pratiques de l'éducation inclusive) ainsi qu'une formation continue. Une proposition de loi a été examinée le 29 octobre. La question de leur statut est de nouveau débattue à l'Assemblée nationale le 29 octobre. Dans le cadre de sa niche parlementaire, le groupe La France insoumise défendra une proposition de loi visant à créer un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH.Rejet de la législation précédente
Le texte, déposé par la députée Nadège Abomangoli et plusieurs de ses collègues, prévoit de nouvelles procédures de recrutement et d'affectation. Cette revendication n'est pas nouvelle : le Sénat a rejeté les principales dispositions d'une autre proposition de loi visant à améliorer leur statut en janvier. Sylviane Valmorin estime qu'une telle réforme permettrait d'obtenir « un vrai statut, un vrai salaire, et de reconnaître que c'est un vrai métier ».Sous-financement et lacunes institutionnelles
Au-delà de leurs conditions de travail, les AESH dénoncent les effets du sous-financement sur la scolarisation des élèves en situation de handicap. Sophie* affirme que les difficultés rencontrées dans les établissements révèlent l'écart entre les objectifs affichés par le ministère de l'Éducation en matière de scolarisation inclusive et la réalité du terrain. Elle soutient que si cette question était réellement une priorité, les écoles disposeraient déjà de toilettes accessibles, de bâtiments adaptés, d'ascenseurs fonctionnels, et l'ensemble du personnel serait formé au handicap.L'espoir né des mobilisations lycéennes
Malgré ces critiques, les mobilisations lycéennes ont suscité de l'espoir chez les AESH interrogées. Sophie* y voit « un souffle d'espoir », « une véritable bouffée d'air ». Ambre* considère que le blocage des établissements est « parfaitement légitime », à condition qu'il se déroule sans dégradations, un avis partagé par Sylviane Valmorin. Pour ces professionnelles, l'enjeu dépasse la reconnaissance de leur métier : il s'agit aussi de garantir que les élèves en situation de handicap reçoivent l'accompagnement dont ils ont besoin.