Le 6 octobre, des représentants des syndicats de pharmaciens ont rencontré la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) pour évoquer trois projets majeurs : l’accompagnement des patients diabétiques, la mise en place du système d’orientation dans le parcours de soins (OSyS), et la prévention cardiovasculaire. Si le projet de prévention cardiovasculaire avance, il reste marqué par des incertitudes. La Cnam envisage à la fois la détection de l’hypertension artérielle chez les patients non diagnostiqués et le suivi de la tension chez ceux déjà pris en charge. Toutefois, cette dernière mesure dépend des recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), attendues pour la fin de l’année. Une fois ces lignes directrices disponibles, il faudra les traduire en un cadre opérationnel et définir précisément le rôle des pharmaciens. Ce processus pourrait repousser la mise en œuvre du suivi tensionnel au premier ou au deuxième trimestre 2027. Cependant, toutes les composantes du projet ne seront pas affectées de la même manière, certaines pouvant progresser plus rapidement que d’autres. Le projet d’accompagnement des diabétiques est plus avancé. Une grande partie du contenu a déjà été élaborée, et une réponse de la HAS est attendue pour mi-octobre. En l’absence de modifications majeures, l’accent sera ensuite mis sur la mise en œuvre. Les syndicats de pharmaciens réclament avant tout une simplification du cadre. Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), estime que la structure actuelle des entretiens est trop complexe et plaide pour une plus grande cohérence. La même logique s’applique à la rémunération : l’objectif est d’aligner les modalités de paiement sur celles d’autres actes pharmaceutiques. Aucun montant précis n’a toutefois encore été négocié. Le cadre OSyS a fait l’objet de vifs débats. Sa généralisation nécessite un modèle économique pérenne. La Cnam envisage plusieurs options : paiement à l’acte, forfait ou rémunération échelonnée. La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et l’USPO s’opposent à l’approche échelonnée, qu’ils jugent susceptible de freiner le développement d’OSyS. Fabrice Camaioni, président de la FSPF, met en garde : cette méthode rappelle celle appliquée en téléconsultation, qu’il juge néfaste. Le président de l’USPO partage cet avis, déclarant : « On réalise un acte, on est payé. » La Cnam, elle, se heurte à une inconnue : l’estimation de la charge de travail. Il est difficile de prédire combien de consultations seront sollicitées une fois le dispositif pleinement déployé, et donc d’évaluer le coût. Fabrice Camaioni estime que quelque 10 millions de patients pourraient consulter chaque année pour une conjonctivite, contre 400 000 pour des brûlures, mais reconnaît que ces chiffres ne sont pas précis. La Cnam a également proposé un forfait pour les officines engagées dans plusieurs missions, comme la vaccination, le dépistage du cancer colorectal, la mesure de la tension artérielle ou encore les activités liées à OSyS. La FSPF soutient cette piste, à condition que le forfait s’ajoute au paiement des actes individuels. À ce stade, le cadre global reste flou. Selon l’USPO, les discussions ont aussi porté sur un éventuel rôle de « gestion des vaccins » pour d’autres professionnels de santé, mais leurs responsabilités exactes – commande, stockage, livraison, retours – restent à définir. Pierre-Olivier Variot résume cette incertitude en déclarant : « On ne sait pas. » La FSPF et l’USPO ont également insisté sur la nécessité de recevoir en amont les documents de travail de la Cnam. Ils souhaitent préparer leurs propositions avant les négociations et être en mesure de croiser les données de l’Assurance maladie avec leurs propres analyses lorsque s’engageront les discussions financières. Fabrice Camaioni souligne que le temps presse et qu’il n’est pas question de perdre du temps à découvrir les chiffres au dernier moment. « Les délais sont courts. On ne va pas systématiquement perdre une demi-heure à découvrir les chiffres sur la table », affirme-t-il.