Alors que les pays du G7 annonçaient des plans pour libérer des réserves de pétrole afin d’atténuer la hausse des prix, la compagnie pétrolière nationale saoudienne, Aramco, mettait en garde contre un système pétrolier mondial déjà soumis à une pression considérable. Amin Nasser, le PDG d’Aramco, s’exprimait lors du Energy Intelligence Forum à Londres, soulignant que les réserves mondiales de pétrole se situent à des niveaux « dangereusement bas » et que leur reconstitution pourrait prendre jusqu’à deux ans. Il a insisté sur le fait que le monde dispose de peu d’alternatives au pétrole, rendant la situation actuelle particulièrement fragile. « Le système est déjà sous pression, a déclaré Nasser. Tant que le détroit d’Ormuz ne sera pas entièrement rouvert et que la confiance ne sera pas rétablie, la pression s’accentuera en amont comme en aval. » Nasser a précisé que près de 3 milliards de barils de pétrole ont été « perdus » depuis le début du conflit, dont un milliard a été prélevé sur les réserves. Il a également clarifié qu’une infime partie des réserves déclarées – moins de 10 % – est réellement disponible pour une utilisation immédiate. Une grande partie du pétrole comptabilisé comme réserves est en réalité nécessaire au maintien des infrastructures. C’est ce qui explique, selon lui, la difficulté rencontrée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui regroupe 32 pays, pour libérer les 400 millions de barils de pétrole stratégique promis. À ce jour, l’AIE a effectivement libéré 325 millions de barils, selon ses propres chiffres. Malgré ces efforts, le pipeline Est-Ouest en Arabie saoudite a de nouveau été la cible d’une attaque dimanche. Une station de pompage située à Khurais, à l’est de Riyad, a été touchée, causant d’importants dégâts et interrompant le transport de pétrole. Ce pipeline constitue une artère vitale pour l’Arabie saoudite, car il contourne le détroit d’Ormuz, où l’Iran a restreint la navigation depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Le pipeline avait déjà été mis hors service fin septembre après des attaques venues d’Irak. Pourtant, malgré ces perturbations, les exportations de brut des pays du Moyen-Orient – à l’exclusion de l’Iran – ont dépassé leurs niveaux d’avant-guerre, selon les données de la société de suivi maritime Kpler. Pour la première fois depuis le début du conflit fin février, la moyenne hebdomadaire des expéditions de pétrole en provenance de la région a dépassé, pendant plusieurs jours consécutifs, le niveau d’avant-guerre de 18 millions de barils par jour. Cela suggère que, malgré les défis persistants, l’approvisionnement pétrolier de la région a réussi à s’adapter à la crise. Amin Nasser s’est dit confiant dans la capacité d’Aramco à répondre aux besoins de ses clients, tout en mettant en garde : les réserves énergétiques ne peuvent offrir qu’un soulagement temporaire et non une solution durable au problème d’approvisionnement.