Une nouvelle étude avance 402-433 millions d'intoxications annuelles aux pesticides, mais sa méthodologie est critiquée pour des données contradictoires et des hypothèses discutables.
Étude sur les intoxications aux pesticides soumise à nouveau
Quatre membres du Pesticide Action Network (PAN) ont soumis à nouveau une nouvelle étude sur l'estimation mondiale des intoxications aux pesticides. Publiée le 2 septembre dans la revue Frontiers in Public Health, cette étude affirme que le nombre de cas d'intoxications aiguës accidentelles aux pesticides dans le monde se situe entre 402 et 433 millions par an.L'étude affirme qu'une grande partie de la population agricole est touchée
L'étude estime qu'environ 46 % de la population agricole mondiale, soit près de 934 millions de personnes, sont victimes d'intoxication. Le PAN, qui est également à l'origine de la recherche, affirme qu'il n'existe aucun conflit d'intérêts, bien que les auteurs soient membres permanents du réseau.Une nouvelle étude face au retrait d'une recherche antérieure
La nouvelle étude devait répondre au retrait d'une publication similaire de 2020, retirée en octobre 2024 en raison de problèmes méthodologiques. L'étude de 2020 avait déjà fait l'objet d'un examen en février 2023, qui avait révélé que l'estimation pour la France était surévaluée d'un facteur 30, et que les moyennes pour l'Inde avaient été calculées sans pondération, à partir d'échantillons de 80 à 1 577 personnes.Une nouvelle étude qui actualise et élargit les travaux précédents
La nouvelle étude actualise la revue de la littérature scientifique jusqu'en 2023, couvrant 214 articles et 62 pays, et ajoute plusieurs analyses de sensibilité. Elle aboutit à un ordre de grandeur supérieur à celui de la précédente. Les auteurs mentionnent le retrait de l'étude précédente en première page, sans toutefois le contester.Confusion entre « cas » et « personnes » dans l'étude
Le premier tour de passe-passe de l'étude consiste à confondre « cas » et « personnes ». Le chiffre de 433 millions désigne des épisodes d'intoxication, et non des individus distincts. Les auteurs le reconnaissent explicitement, indiquant que l'incidence des cas dépasse généralement celle des personnes intoxiquées. Pourtant, ils transforment ce total en « 46 % d'agriculteurs intoxiqués », ce qui revient à confondre cas et personnes.Une méthodologie qui soulève des interrogations sur l'estimation des cas
Les publications recensées dénombrent 369 632 cas effectivement observés. L'étude passe de ce chiffre à 433 millions de cas grâce à des projections successives : elle applique d'abord les taux issus d'enquêtes locales à l'ensemble des populations agricoles nationales, puis extrapole à nouveau à partir des 49 pays documentés vers les régions voisines dépourvues de données.Le cas de la France illustre les problèmes méthodologiques
Le cas de la France montre bien le processus. Les auteurs attribuent 45 839 cas annuels à la France, un chiffre porté à 105 862 once extrapolé à l'ensemble de l'Europe de l'Ouest. Or, il ne s'agit pas d'un décompte, mais d'un taux de 6,1 % appliqué à la population agricole française. Ce taux provient d'un seul article consacré au risque d'asthme dans la cohorte Agrican.Un flou sur ce que recouvre le terme « intoxication »
Ce que l'on appelle une « intoxication » pose un problème plus fondamental : les opinions divergent sur ce qui constitue une intoxication. « Il n'existe pas de définition universellement acceptée », reconnaissent les auteurs. Chaque enquête utilise donc ses propres critères, et les résultats varient en conséquence : parmi les 140 enquêtes agrégées, la proportion d'agriculteurs déclarés intoxiqués va de 2 % à 100 %.Un essai randomisé ne révèle aucune preuve biologique d'intoxication
Les auteurs citent également un essai randomisé comparant des utilisateurs de chlorpyrifos à un groupe traité à l'huile de neem, dans les mêmes conditions de travail. Or, les deux groupes ont signalé une fréquence identique de symptômes non spécifiques, tandis que les analyses sanguines n'ont montré aucune baisse de la cholinestérase plasmatique, l'enzyme bloquée par les organophosphorés dont l'effondrement signale une intoxication par ces produits.L'étude ne traite pas de la marge d'erreur
Enfin, l'étude n'aborde jamais la marge d'erreur de son résultat. L'intervalle de 402 à 433 millions ne répond pas à cette question : il mesure l'écart entre cinq façons de trier les mêmes données. Une véritable marge d'erreur devrait tenir compte de l'incertitude inhérente à la taille de chaque enquête, du passage d'un territoire local étudié à un pays entier, ainsi que des régions dépourvues de toute donnée. Or, ce calcul n'est effectué nulle part.