La fontaine-éléphant de Napoléon, prévue en 1810

En 1810, Napoléon ordonna la construction d’une fontaine monumentale en forme d’éléphant sur la place de la Bastille, destinée à être coulée en bronze fondu à partir de canons espagnols. Le projet prévoyait un jet d’eau jaillissant de la trompe de l’éléphant, un spectacle sans équivalent en Europe à l’époque.

Un projet architectural ambitieux

L’architecte Jean-Antoine Cellerier fut chargé de concevoir l’éléphant, qui devait mesurer 15 mètres de haut, avec une tour de 9 mètres posée sur l’une de ses pattes, pour une hauteur totale de 24 mètres et une longueur de 16 mètres. Les calculs estimaient qu’il faudrait 177 000 kilogrammes de bronze pour la coulée finale.

Un modèle provisoire faute de financement

Le bronze nécessaire ne pouvant pas être coulé immédiatement, un modèle à grande échelle, réalisé en bois et en plâtre, fut construit à titre de prototype. Ce modèle fut abrité sous un hangar et placé sous la garde d’un gardien, en attendant que le financement soit assuré. Napoléon se rendit lui-même sur place en 1813 pour voir l’éléphant de plâtre.

Un projet abandonné après la chute de Napoléon

La chute de l’Empire français en 1815 mit fin au projet. Privé du soutien et des fonds de Napoléon, l’éléphant de bronze ne fut jamais construit. Le modèle en plâtre fut laissé à l’abandon et se dégrada au fil des années, devenant peu à peu une ruine au cœur de Paris.

La longue présence de l’éléphant, un repère parisien

Pendant trente-six ans, l’éléphant en décomposition resta sur la place de la Bastille, devenant un spectacle familier pour les Parisiens. Certains le trouvaient amusant, d’autres le considéraient comme une horreur. Il fut finalement démantelé en 1846, et plus de 200 rats sortirent de son corps creux.

L’inspiration littéraire de Victor Hugo

Victor Hugo, qui avait vu l’éléphant enfant, s’en inspira dans Les Misérables. Dans le roman, l’éléphant en ruine devient un abri pour le personnage de Gavroche. Cette évocation romanesque contribua à préserver la mémoire de l’édifice longtemps après sa disparition.