Un site industriel a rejeté des boues rouges pendant des décennies

Un site industriel de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, a rejeté des boues rouges contenant des métaux lourds dans le canyon de la Cassidaigne, une profonde fosse sous-marine située à 320 mètres sous la surface de la mer Méditerranée, pendant près de 50 ans, de 1966 à 2015. Ces boues rouges, sous-produit du traitement de la bauxite en alumine par le procédé Bayer, contenaient des substances toxiques telles que l'arsenic, le mercure, le chrome, le plomb, le vanadium et le titane.

Un pipeline a permis le déversement de déchets toxiques en mer

L'usine d'alumine utilisait un pipeline de 50 kilomètres, dont 7,7 kilomètres étaient sous-marins, pour évacuer directement les boues rouges dans le canyon de la Cassidaigne. Sur près d'un demi-siècle, cette pratique a entraîné l'accumulation de dizaines de millions de tonnes de déchets toxiques, selon des estimations allant de plus de 20 millions à jusqu'à 32 millions de tonnes.

Le rejet de déchets solides a pris fin en 2016

Un arrêté préfectoral daté du 28 décembre 2015 a mis fin au rejet de boues rouges solides en mer à compter du 1er janvier 2016. Depuis, les résidus solides sont séchés et stockés à terre, sur le site de Mange-Garri. Toutefois, le rejet d'effluents liquides, qui contiennent encore des substances nocives comme le fer, l'aluminium et l'arsenic, a été autorisé à se poursuivre pendant six années supplémentaires.

Le dépôt toxique demeure dans une zone protégée

Le canyon de la Cassidaigne fait désormais partie du parc national des Calanques, mais le dépôt toxique reste au fond de la fosse marine, sans projet de dépollution actif. Des associations environnementales, des scientifiques et des riverains continuent d'exprimer leurs inquiétudes, qualifiant la situation d'écocide potentiel, tandis que les aspects juridiques de l'affaire restent à l'examen.

Les efforts de gestion des déchets se heurtent à des difficultés

En 2015, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a mené des études qui ont conduit à un nouvel arrêté en 2016, révisant la gestion du site de Mange-Garri. Malgré ces évolutions, aucune opération de récupération ou de décontamination à grande échelle n'a débuté, en raison des difficultés techniques et financières que cela implique. Cette affaire illustre le défi complexe que représente la gestion des déchets industriels dans le cadre des réglementations environnementales actuelles.