Une récente enquête menée par l’IFOP pour Charlotte K auprès de 1 662 infirmiers et infirmières révèle une insatisfaction croissante au sein de la profession. Seulement 31 % des professionnels interrogés se disent satisfaits de leur situation professionnelle actuelle, contre 36 % en 2023. L’enquête, dont l’échantillon a été ajusté pour refléter la diversité de la population infirmière en fonction du genre, de l’âge, de la région et du cadre de travail, montre que 75 % des répondants décrivent leur état d’esprit comme plus négatif que positif. La fatigue est signalée par 94 % des infirmiers et infirmières, et 61 % d’entre eux déclarent qu’ils ne choisiraient pas à nouveau la profession s’ils pouvaient revenir en arrière. L’épuisement professionnel est un problème répandu : 63 % des personnes interrogées indiquent en avoir fait l’expérience au cours de leur carrière. Parmi elles, 31 % rapportent avoir reçu un diagnostic formel de burn-out posé par un professionnel de santé. Les préoccupations salariales sont également majeures : 88 % des infirmiers et infirmières estiment que leur rémunération ne correspond pas aux exigences de leur métier. Beaucoup tentent d’augmenter leurs revenus sans changer d’emploi, par exemple en faisant des heures supplémentaires (63 %), en cumulant des heures de travail supplémentaires (21 %) ou en prenant des missions temporaires (14 %). Sept infirmiers et infirmières sur dix déclarent travailler plus d’heures que ce que prévoit leur contrat. La réforme à venir de la profession infirmière en 2025 suscite des inquiétudes : 91 % des répondants en ont entendu parler. Pourtant, 49 % craignent que cette réforme alourdisse leurs responsabilités sans améliorer leur rémunération, tandis que seulement 1 % pensent qu’elle améliorera leur quotidien. L’aspiration à une évolution professionnelle s’est renforcée : 87 % des infirmiers et infirmières envisagent de changer de situation, contre 79 % en 2023. De même, 63 % songent à changer de métier, un chiffre en hausse par rapport aux 57 % de 2023. Un quart des répondants envisagent même une reconversion en dehors du secteur de la santé. Malgré cette volonté de changement, de nombreux obstacles se dressent. Parmi ceux qui souhaitent évoluer professionnellement, 35 % estiment impossible de cesser de travailler ou de se former en parallèle, 34 % évoquent un manque de financement pour les formations et 31 % mentionnent l’impact sur leur vie personnelle. Près de la moitié (46 %) souhaiteraient réaliser un bilan de compétences, mais ne l’ont pas encore fait. Parmi les salariés, qui représentent 84 % de l’échantillon, 69 % ont songé à démissionner au cours de l’année écoulée. Pourtant, 87 % déclarent que leur employeur ne leur a jamais proposé de soutien pour leur développement professionnel. Les infirmiers et infirmières libéraux ne sont pas épargnés : 76 % envisagent d’arrêter leur activité. Parmi eux, 52 % citent spécifiquement l’épuisement et le rythme de travail comme principales raisons. Le soutien de leur employeur reste limité : 74 % des infirmiers libéraux affirment n’avoir reçu ni formation ni aide, alors que 56 % en auraient souhaité. Charlotte K, entreprise fondée en 2019 par l’ancienne infirmière Charlotte Kerbrat, se spécialise dans l’accompagnement au développement professionnel des soignants. Elle a actualisé son Baromètre de la carrière des infirmiers avec l’IFOP pour suivre l’évolution des expériences et des aspirations des professionnels au fil du temps. Selon Kerbrat, si les défis restent nombreux, une volonté croissante de changement se fait jour, même si celle-ci est freinée par un manque de soutien en matière d’évolution de carrière.