Fraude par manipulation : un demi-milliard d'euros dérobé

Un demi-milliard d'euros a été volé par fraude par manipulation en 2025, selon les chiffres publiés par la Banque de France. Ce type de fraude, qui consiste à manipuler les victimes pour qu'elles effectuent ou valident des transactions frauduleuses, a augmenté de 34 % par rapport à l'année précédente. Il représente désormais plus de 40 % de l'ensemble des fraudes aux moyens de paiement, soit deux fois plus qu'il y a cinq ans.

Les formes courantes de fraude par manipulation

La forme la plus médiatisée de cette fraude est l'arnaque au « faux conseiller bancaire », dans laquelle des escrocs se font passer pour des employés de banque et demandent aux victimes d'effectuer des opérations sous prétexte de protéger leur argent. D'autres formes existent, notamment la fraude au « faux RIB », où les escrocs remplacent les coordonnées bancaires légitimes par les leurs, et la fraude au « faux placement financier », où les victimes sont redirigées vers de faux sites internet pour y déposer ou virer des fonds.

Évolution des tactiques et des cibles de la fraude

L'« âge d'or » de la fraude par manipulation coïncide avec une forte hausse des fraudes liées aux virements bancaires en ligne. Le nombre de transactions frauduleuses effectuées par virement bancaire en ligne a augmenté de 182 % entre 2024 et 2025. Dans le même temps, les fraudes fondées sur les paiements par carte ont reculé de 10 %, même si elles restent 22 fois plus nombreuses.

Des enjeux plus élevés pour les fraudes aux virements

Ce basculement s'explique par le montant moyen dérobé par transaction via virement, qui a atteint 1 457 euros en 2025, contre 60 euros pour la fraude à la carte. Stephen Kim, directeur associé chez mc2i, souligne que la fraude est passée des failles techniques des systèmes de sécurité des paiements à l'ingénierie sociale, facilitée par les fuites de données.

Les banques s'adaptent aux nouvelles tactiques

Les banques ont réagi en informant leurs clients qu'aucun conseiller bancaire légitime ne demandera jamais leurs mots de passe ou codes de sécurité, et en mettant en place des messages d'alerte ainsi que des étapes d'authentification forte. Certaines banques ont également introduit des mesures telles que les « appels certifiés », destinés à alerter les clients lorsqu'ils sont contactés par des conseillers, et ont bloqué les virements vers les IBAN étrangers.

Des processus ralentis pour prévenir la fraude

D'autres banques ont choisi de ralentir certains processus, en rétablissant des délais entre l'ajout d'un bénéficiaire et la réalisation d'un virement, comme le fait Crédit Agricole. Cette approche, efficace pour prévenir la fraude, crée des frictions et peut traduire un aveu d'impuissance à détecter les fraudes à l'ère des virements instantanés, qui représentent désormais les deux tiers des virements frauduleux.

Les difficultés à détecter la fraude instantanée

Certaines banques peinent à détecter les virements instantanés frauduleux : un quart des établissements financiers en France et en Belgique ne repèrent la fraude qu'une fois le paiement déjà traité. C'est le cas de l'association Resolis, qui a subi neuf virements instantanés frauduleux consécutifs, pour un total de 27 939 euros, sans que sa banque, le Crédit Mutuel, ne détecte la moindre anomalie. La banque a refusé de rembourser la perte, mettant ainsi l'association en péril.